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de novembre 1830, toutes les idées de Talleyrand sur la question belge, et ces idées, sauf le choix des personnes qui tient à tant de causes secondes, ces idées premières et capitales sont parfaitement conformes à celles qu’il défendra jusqu’à la fin.

La Belgique séparée de la Hollande, non pas seulement au point de vue administratif, mais au point de vue politique, — la Belgique constituée en royaume distinct, sous une dynastie que des liens de sérieuse amitié attacheraient à la France, — la Belgique, naguère encore poste avancé de la coalition européenne, transformée désormais pour la France en une défense morale, grâce à ses privilèges d’état indépendant et neutre, voilà le point de départ de M. de Talleyrand au début de la conférence de Londres. Ajoutez-y un grand désir de conserver la paix. Pourquoi dit-il : Si nous réussissons, nous nous rappellerons la peur que la Belgique nous aura donnée ? Parce que chaque jour un incident subit peut rendre la guerre inévitable. Il faut donc se tirer de ces complications, car la paix est liée au succès. Ainsi, la transformation de la Belgique dans l’intérêt de la France et sans que la paix en souffre, tel est le but de Talleyrand. Sur ce point, la précieuse lettre que nous a communiquée M. le comte Orlof-Davidof ne permet aucun doute.

Après cela que des incidens surviennent, sa politique sera modifiée. Lord Palmerston avait pensé un instant, comme lord Aberdeen, que la maison d’Orange pouvait conserver le trône des Pays-Bas en opérant la séparation administrative des deux peuples ; quand il se rallie à l’opinion de Talleyrand, dont le coup d’œil avait été si juste, il adopte pour candidat au trône de Belgique le prince de Saxe-Cobourg. Talleyrand a un autre candidat, le jeune prince de Capoue. De là un dissentiment très vif ; de là aussi, le 8 janvier 1831, ces violentes paroles du général Sébastiani à un envoyé du congrès belge : « Si Saxe-Cobourg met un pied en Belgique, nous lui tirerons des coups de canon. » Ce cri étrange nous paraissait presque incroyable, le voilà expliqué aujourd’hui ; c’était l’explosion d’un différend très animé à cette date et qui devait bientôt disparaître. Ce n’est pas tout, les incidens se multiplient. Il n’est plus question du prince de Capoue, mais voici l’élection du duc de Nemours. Ce n’est plus le général Sébastiani qui menace de tirer le canon, c’est lord Palmerston. Il faut céder, ou plutôt il faut préserver royalement la paix européenne ; Louis-Philippe consomme son sacrifice, avec quelle émotion et quelle magnanimité, nous l’avons vu. Talleyrand ne se résigne pas aussi vite, il garde rancune au protégé de lord Palmerston, il en veut à Léopold d’être monté sur le trône par l’Influence anglaise. Aussi, lorsque la déroute du mois d’août 1831 compromet si gravement les affaires du nouveau roi, on conçoit qu’il mette peu d’empressement à défendre sa cause devant la