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LE PROCÈS DE GALILÉE

à l’inquisiteur de Florence, auquel le père Riccardi délégua ses pouvoirs, mais qui, sollicité sans doute par le grand-duc de Toscane, les exerça avec moins de sévérité qu’on ne l’aurait fait au sacré-palais. On comprend la colère que témoigna la cour de Rome ; au fond, malgré toute sa finesse, elle avait été jouée par un Italien plus fin qu’elle, par un compatriote de Machiavel.

Galilée aurait-il poursuivi la publication de son œuvre avec la même insistance, s’il avait su à quels dangers il s’exposait en la publiant ? À peine le souverain pontife eut-il reçu l’ouvrage au commencement d’août 1632, qu’il en témoigna tout de suite le plus vif déplaisir, qu’il reprocha à Galilée d’avoir répondu à des égards bienveillans par un mauvais procédé, et qu’il eût déféré sur-le-champ l’auteur et le livre au tribunal du saint-office, s’il n’avait été retenu par les supplications de l’ambassadeur Niccolini, et par la crainte de mécontenter le grand-duc de Toscane. Galilée n’a pas agi à la légère, disait Urbain VIII, il n’a pas péché par ignorance ; il savait à merveille quelles étaient les difficultés du sujet, je les lui avais moi-même fait toucher du doigt. Cette expression du mécontentement du souverain pontife fait supposer que, dans ces entretiens de Rome dont nous avons parlé, les deux amis avaient abordé la question délicate du mouvement de la terre, et que, par une illusion commune en pareille circonstance, ils avaient cru se convaincre mutuellement. Le pape en voulait à Galilée, comme s’il se fût longtemps abusé sur son compte et qu’il éprouvât à son égard l’amertume d’une déception ; ce sentiment, qui avait brisé tous les liens de l’ancienne amitié, explique l’âpreté avec laquelle Urbain VIII poursuivit l’ami de sa jeunesse. De son côté, Galilée ne s’était pas moins trompé sur les dispositions du souverain pontife ; il se flattait de trouver en lui un juge indulgent de ses théories astronomiques, au moment où il le blessait dans ses convictions les plus intimes. S’il l’avait su si opposé au système de Copernic, il n’aurait sans doute point bravé une colère toute-puissante, affronté un tribunal sans appel.

Dès que le pape avait reçu les Dialogues, il avait chargé une commission de les examiner et de lui en rendre compte ; aussitôt qu’il eut entre les mains le rapport qu’il avait demandé, il prescrivit à l’inquisiteur de Florence d’intimer à Galilée l’ordre formel de comparaître, au mois d’octobre, devant le commissaire-général du saint-office à Rome. Galilée, qui avait alors soixante-dix ans et qui souffrait d’une hernie, demanda qu’on eût pitié de son âge, de sa maladie, et qu’on le dispensât du voyage. Le grand-duc de Toscane intercéda en sa faveur. Urbain VIII ne voulu rien entendre ; craignant d’être trompé, comme il croyait l’avoir été déjà,