Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 17.djvu/953

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formé il y a quelques mois, n’avait pas une majorité suffisante, surtout assez sûre, pour pouvoir se promettre une existence facile avec le dernier parlement. Il se trouvait nécessairement conduit à l’alternative de mourir, comme il était né, par une coalition de circonstance, par une surprise de scrutin parlementaire, ou de demander à des élections générales une majorité moins incertaine. C’est maintenant au pays de trancher souverainement la question qui lui est soumise, en fortifiant le ministère qui existe ou en rendant la majorité aux opinions représentées par le cabinet qui est tombé il y a quelques mois.

Déjà la campagne est ouverte. Le président du conseil, M. Depretis, est allé exposer le programme de sa politique dans la petite ville du Piémont dont il a été tout le temps le député, à Stradella. Le chef reconnu de l’opposition modérée, M. Sella, de son côté, paraît établir le centre de ses opérations dans son collège de Biella. Un comité de la gauche vient de se former à Rome sous la présidence de M. Crispi pour soutenir les amis du cabinet. Des comités libéraux-conservateurs se forment à leur tour. La lutte semble devoir être animée plutôt qu’agitée. Elle ne profitera certainement à aucun des partis extrêmes, ni aux républicains, qui n’ont pas assez d’importance pour lever le drapeau de la république dans les élections, ni aux réactionnaires plus ou moins religieux ou cléricaux, qui ne peuvent guère compter sur le succès pour leur propre cause. Par le fait, la vraie lutte est entre les diverses fractions libérales qui ont été ou qui sont au pouvoir, et la meilleure chance du ministère est encore de s’entendre avec les hommes considérables comme M. Ricasoli, M. Peruzzi, M. Correnti, qui, sans s’identifier avec lui, ne l’ont pas combattu jusqu’ici, qui, après avoir appartenu à l’ancienne majorité, ont laissé tomber le dernier cabinet. C’est peut-être ce groupe toscan qui est appelé à trancher la question dans le parlement nouveau et qui, dans tous les cas, aura une influence sérieuse. Quel que soit le résultat du scrutin, la direction des affaires italiennes ne peut pas en être modifiée d’une manière sensible dans la pratique.

D’abord la politique extérieure restera la même, quoi qu’il arrive, cela n’est point douteux. Ce qu’a fait l’habile ministre qui a longtemps dirigé la diplomatie italienne, M. Visconti-Venosta, le nouveau ministre, M. Melegari, ne peut que le continuer, par cette raison bien simple que c’est désormais une sorte de tradition nationale, que ce n’est point une politique particulière à un cabinet. Quel que soit le ministère qui triomphe dans les élections, l’Italie n’a d’autre intérêt que de s’accréditer de plus en plus en Europe, d’étendre et d’affermir ses relations, de concourir au maintien de la paix sans se laisser entraîner dans des combinaisons et des aventures où elle risquerait probablement de perdre plus qu’elle ne pourrait jamais gagner. M. Melegari est un ministre très pacifique, qui n’a point hésité jusqu’ici toutes les fois qu’il a eu l’occasion de s’expliquer, et dans cette œuvre du maintien de la