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réservoir qui reçoit toujours et ne rend jamais ou bien rarement. Ce cours forcé sert de barrage pour empêcher l’écoulement des métaux précieux. De là cette situation bizarre, anormale, d’une encaisse formidable presque égale à la circulation fiduciaire. On dira sans doute que cette abondance de métaux précieux en France est la conséquence de notre richesse; nous avons le change favorable partout; il faut bien que le numéraire nous arrive, et nous le gardons parce que nous n’avons point d’intérêt à l’exporter. Cette dernière partie de l’objection n’est pas aussi vraie qu’on le suppose. Il est certain que, si nous avions le change défavorable et un grand intérêt à exporter des métaux précieux, on trouverait bien moyen de s’en procurer en les cherchant dans la circulation intérieure; on n’aurait qu’à leur offrir une prime assez forte, comme cela se fait dans d’autres pays. Mais, à défaut de ce grand intérêt, nous en avons au moins un petit qu’on pourrait satisfaire, si cela était très facile. Que demain, par exemple, on lève le cours forcé, et, comme il y a de nombreux besoins d’or en Europe, que l’Angleterre est seule à en fournir aujourd’hui et qu’elle n’en regorge pas, la spéculation, qui n’aurait plus qu’à se présenter aux guichets de la Banque de France pour en avoir, ne manquerait pas d’en demander et de réaliser le petit bénéfice qu’elle pourrait trouver à l’exportation. Cela réduirait le nombre des billets en circulation, ramènerait un meilleur équilibre entre le papier et les espèces, et il n’y aurait plus de double emploi dans les instrumens d’échange, par conséquent plus d’élément de hausse artificielle pour les prix; mais, pour que ce résultat ait lieu, il y a une première chose à faire. Il faut que la question de l’étalon unique d’or soit résolue, et que la banque ne puisse pas rembourser ses billets tout en argent; autrement la valeur du billet tomberait au niveau de la dépréciation du métal d’argent. Il est impossible de contester cela; d’où pour nous la conviction absolue que la Banque de France ne peut pas reprendre ses paiemens en espèces tant qu’on conservera les deux étalons. Il importe pourtant que cette reprise ait lieu le plus tôt possible, si on veut rentrer dans une situation régulière et éviter les dangers que pourrait présenter l’avenir.

La France et l’Angleterre sont assurément très-riches, elles font chaque année plus d’économies qu’elles n’en absorbent dans des emplois nouveaux. Cependant, quelque grandes que soient cette richesse et ces économies, elles ne suffisent pas à elles seules pour expliquer le bon marché excessif des capitaux qui règne en ce moment dans les deux pays. Depuis plus d’un an, le taux de l’escompte est à 2 pour 100 en Angleterre, à 3 pour 100 en France; les meilleures signatures se négocient même à un taux sensiblement inférieur, à 1 1/2 pour 100, par exemple, et encore ne trouve-t-on