Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 18.djvu/520

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été de nouveau remise à la diplomatie. En dépit de l’humeur guerrière d’une partie de la presse russe, en dépit même des belliqueux discours de Londres ou de Moscou, la guerre du tsar et du sultan peut encore être évitée. En arrêtant l’armée turque dans sa marche sur Belgrade, la Russie a eu une première satisfaction que les ministres britanniques ont tort de lui contester ; avec de la modération et l’appui des conseils de l’Europe, elle peut sans tirer l’épée assurer aux provinces chrétiennes de la Porte les garanties que réclament pour elles la civilisation et l’humanité. Russes et Turcs vont avoir le temps de réfléchir, et d’une longue trêve on peut dire, comme de la nuit, qu’elle porte souvent conseil. Les intérêts matériels, les intérêts du crédit et du trésor de la Russie, sauront peut-être de nouveau faire entendre leur voix. L’effervescence nationale, apaisée par de sages concessions de la Porte, pourrait avoir le temps de se calmer et de tomber. Pour cela, il suffirait d’obtenir de la Turquie de larges et sérieuses garanties en faveur des provinces chrétiennes, et c’est à quoi doivent s’employer les puissances préoccupées du maintien de la paix.


II

Tout le monde en Europe est d’accord sur un point : l’empire ottoman ne peut prolonger son existence qu’à l’aide de réformes. La Turquie est la première à le reconnaître, et l’honneur des hommes d’état aujourd’hui à la tête des affaires ottomanes, de Midhat en particulier, est de ne pas avoir attendu la crise actuelle pour le sentir. Tout le monde demande des réformes, la Turquie en offre, en promet, en décrète de bonne grâce. Par malheur, le divan n’est plus à l’époque où ce mot magique semblait suffire à rendre invisibles tous les vices de l’administration turque. L’Europe veut savoir ce que seront ces réformes et quelles en seront les garanties. A vrai dire, ce n’est point là une affaire d’un règlement aisé. La première chose, te point capital, est de décider si les changemens accomplis devront s’appliquer spécialement aux régions insurgées et aux provinces chrétiennes, ou s’étendre au même titre et simultanément à toutes les contrées de l’immense empire ottoman, du Danube à l’Euphrate et de l’Adriatique aux déserts de l’Arabie. En ira mot, les réformes seront-elles locales, particulières à certaines contrées, ou générales, édictées également pour tous les sujets de la Porte, et, dans le premier cas, quelle en sera la portée et quelles seront les provinces appelées à en bénéficier ? Là est le nœud de la difficulté.

L’on sait que vers le mois d’octobre l’Angleterre a proposé