Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 18.djvu/523

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Chez des peuples ignorans, mal préparés à la liberté, les franchises politiques offrent, au début du moins, plus de dangers que d’avantages. Cela serait surtout vrai de la Turquie. Quels que soient ses défauts, le gouvernement turc de Constantinople est incontestablement plus éclairé, plus libéral, que la masse de ses sujets, parce que le gouvernement est en relation plus étroite avec l’Europe et que nombre de ses agens ont plus ou moins emprunté les mœurs européennes. A des réformes administratives ou politiques, l’obstacle en d’autres pays peut être dans les conseillers du gouvernement, intéressés à maintenir les abus ; en Turquie, le principal obstacle aux réformes, et par suite à une pacification durable, est dans le peuple turc, dans son ignorance, ses préjugés et ses haines. Aujourd’hui même, l’une des principales difficultés du divan vient du fanatisme du peuple de Stamboul, qui d’un moment à l’autre peut renouveler sur une plus vaste échelle les massacres récens de Salonique ou aider une conspiration rétrograde à renverser du pouvoir les partisans des réformes et des concessions à l’Europe. Avec des chambres, l’embarras serait plus grand encore. Quand la crainte de l’Europe les déciderait à concéder ostensiblement aux chrétiens l’égalité civile, l’égalité devant la justice ou devant l’impôt, ce n’est point un parlement ottoman qui aiderait à la mise en pratique des droits accordés aux ghiaours. Abandonnés à la discrétion d’une majorité musulmane, les raïas auraient plus que jamais besoin de protection étrangère, et l’Europe, ne leur pouvant toujours refuser ses bons offices, risquerait d’être obligée à une incessante et périlleuse intervention. En résumé, libre et indépendant, un parlement turc ne serait pour le gouvernement qu’une entrave à tout progrès, et pour le chrétien qu’une menace ou un agent légal d’oppression. Assujetties et dépendantes du pouvoir, des chambres turques, parées d’un pouvoir nominal, ne seraient pour l’empire ottoman qu’un vide et coûteux décor, qui n’aurait pas longtemps l’avantage de faire illusion à l’Europe. Cette triste hypothèse est la plus probable et serait la plus désirable ; mais que doivent espérer les chrétiens d’Orient et l’Europe d’une institution dont le mieux qu’on puisse attendre est d’être inoffensive ?

Il n’y a pour les chrétiens en Turquie qu’un seul mode de réformes praticable et efficace, ce sont les réformes locales appliquées à une région déterminée et sanctionnées par des conventions internationales. Aucun homme ayant quelque connaissance personnelle