Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 18.djvu/933

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de gauche à droite en sens inverse de la marche du soleil. La douce-amère, si commune dans nos haies, est la seule espèce européenne qui s’enroule indifféremment dans un sens ou dans l’autre. Cet enroulement est dû au contact de la tige avec un corps résistant qui détermine une irritation d’une nature inconnue, mais en vertu de laquelle la tige contourne ce corps en se tordant sur elle-même. Cependant la plante ne saurait contourner des corps cylindriques d’un diamètre quelconque : ainsi le haricot multiflore et l’Ipomæa purpurea sont, d’après les observations de Hugo Mohl, incapables d’embrasser un tuteur d’un diamètre supérieur à 7 centimètres ; la douce-amère ne s’enroule qu’autour de tiges minces, et c’est le long d’une ficelle tendue verticalement que le chèvrefeuille de la Chine (Lonicera flexuosa) grimpe le mieux. Toutefois M. Darwin a vu un chèvrefeuille Lonicera periclymenum qui avait embrassé un jeune hêtre de 0m,11 de diamètre, et dans les sombres forêts tropicales les plantes volubiles avides de sortir de l’obscurité et d’atteindre la lumière, s’élèvent en s’enroulant autour des plus gros arbres.

Une plante volubile sortant de terre, mais ne trouvant pas à sa portée un tuteur ou des branches sur lesquelles elle puisse s’appuyer, pousse d’abord droit couchée sur le sol, puis se courbe et comme elle continue à s’allonger et à se courber, il en résulte qu’elle tourne autour du point où elle est sortie de terre. Si en décrivant ce cercle elle rencontre un arbuste, un bâton, un tuteur quelconque, alors le contact détermine une inflexion plus forte, et la plante s’enroule en hélice autour de ce tuteur, souvent assez éloigné du point où elle a poussé primitivement. Poétiquement on peut dire que la plante cherche le tuteur qui doit la soutenir et qu’elle l’embrasse dès qu’elle l’a trouvé.

Le temps que la tige met à décrire une révolution autour de son tuteur, c’est-à-dire à se replacer verticalement au-dessus du point qu’elle avait atteint, n’est pas constant pour toutes les espèces ni pour les différentes périodes de végétation d’une même plante. Cependant on a constaté que le houblon accomplit cette révolution en deux heures environ, le Tamus communis et la glycine en trois heures, le liseron des haies en une heure et demie. Comme ses prédécesseurs, M. Darwin a vu que la tige volubile, en accomplissant ces révolutions, se tord sur son propre axe, c’est-à-dire qu’elle prend l’apparence d’une corde dont les différens brins sont tordus autour de l’axe de la corde.

Il y a des plantes grimpantes qui ne sont pas volubiles, ne s’enroulent pas autour des branches des arbustes placés dans leur voisinage, mais s’élèvent néanmoins en s’accrochant à tous les corps situés à leur portée : elles le font à l’aide de leurs feuilles ; telles sont les clématites, les capucines, certaines morelles (Solanum), les Lophospermum, etc. Étudions avec M. Darwin les clématites, dont une espèce est si commune dans les haies de toute la France. Ces arbrisseaux aux longues tiges souples et flexibles portent des feuilles composées de plusieurs folioles