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REVUE. — CHRONIQUE.

un terrain mobile où l’avenir semble toujours à la merci d’un incident, d’un choc imprévu.

Plus que jamais, au point où en sont les choses, il y a deux directions entre lesquelles il faut choisir. Si on veut s’exposer à tout compromettre, on n’a qu’à recommencer ou à continuer ce qu’on a si bien fait dans la session dernière. On n’a qu’à créer des agitations artificielles, à soulever toute sorte de questions inévitablement destinées à provoquer des conflits, à éterniser les tentatives d’amnistie; sous la forme d’une pression organisée autour de M. le président du conseil; on n’a qu’à saisir toutes les occasions d’ébranler les lois militaires, les lois financières, d’exiger du gouvernement des satisfactions ou des représailles de parti, des changemens systématiques dans toutes les fonctions judiciaires et administratives. La conséquence logique et immédiate est bien claire : il y aura du temps perdu, des discussions inutiles ou irritantes, des embarras pour le gouvernement, peut-être des crises nouvelles. C’est un moyen infaillible de laisser croire que les institutions sont inefficaces, que rien n’est fini, qu’on est toujours dans une sorte de provisoire, sous le nom de république. On a suivi cette politique par des calculs de parti, par entraînement ou par inexpérience dans la chambre des députés : on a eu des antagonismes de pouvoir, des crises de ministère, et on a failli arriver à une situation sans issue. Il y a au contraire une politique naturelle et simple qui consiste à entrer décidément dans une voie régulière, à respecter ce besoin de repos et de sécurité si profond dans le pays, selon le mot de M. le président du conseil, à laisser à un régime né d’hier le temps de prendre son équilibre et de s’affermir. C’est évidemment aujourd’hui la meilleure direction, si l’on veut que l’année qui commence soit plus profitable que l’année qui finit.

Admettons, si l’on y tient, qu’il y eût comme un apprentissage nécessaire pour une chambre composée d’élémens si nouveaux, qu’il y eût même une certaine confusion inévitable, des effervescences parlementaires qui éprouvaient le besoin de se produire; admettons un instant que des députés, à peine échappés de la lutte électorale, aient pu arriver à Versailles avec un sentiment un peu exagéré de l’importance de leur victoire, avec l’impatience de voir changer pour le moins tous les fonctionnaires de leur arrondissement ou de leur département : soit, c’est bon pour une première session. Maintenant le moment est venu de s’occuper sérieusement de choses sérieuses, d’en finir avec ces turbulences qui sont souvent puériles quand elles n’ont pas un air révolutionnaire; mais pour en venir à une action régulière, suivie, appliquée aux vrais intérêts du pays, il y a une double condition : il faut que de cette chambre il se dégage enfin une majorité réelle qui ne soit plus cet amalgame où tous les élémens modérés semblent se subordonner à un radicalisme plus ou moins bruyant, et il faut aussi que le ministère prenne assez d’ascendant pour conduire les affaires publiques sans avoir