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il a offert des préfectures à quelques républicains qui ont probablement des titres, quoiqu’ils soient inconnus, et il a donné de l’avancement à quelques autres qui avaient été nommés par le dernier ministère. On dit déjà que ce n’est pas assez, on trouve que M. le ministre de l’intérieur est bien timide dans ses actes, qu’il ne procède pas, selon le programme républicain, en révolutionnaire de l’administration!

Et après? Quand on aura changé des préfets et des sous-préfets, sans parler des magistrats, en supposant qu’on trouve des ministres sérieux disposés à se prêter à tout, croit-on qu’on sera plus avancé, et que la république s’en portera beaucoup mieux? Sans doute un gouvernement a le droit d’avoir des agens fidèles qui s’inspirent de son esprit, qui fassent respecter les institutions, le régime dont ils sont les représentans auprès des populations; il doit tenir surtout à avoir des administrateurs instruits et intègres, capables de conduire un département en maintenant l’inviolabilité des lois. Assurément un ministre qui arrive au pouvoir n’est point obligé d’accepter indistinctement, sans examen, tous les fonctionnaires que lui lèguent ses prédécesseurs; il peut avoir ses préférences comme il a son droit d’exclusion. Si M. le président du conseil, après une étude attentive, croit nécessaire de changer quelques-uns de ses fonctionnaires dans l’intérêt du service public, il est parfaitement libre. Tout ce qui est personnel importe assez peu. Au fond, il s’agit de savoir s’il suffit d’être républicain pour être un bon préfet, si l’administration n’est plus qu’une affaire de parti, et, qu’on ne s’y trompe pas, c’est là une des questions les plus dangereuses, les plus délicates qu’on puisse soulever dans l’intérêt de la république elle-même.

Ce qu’on propose, ce qu’on essaie de faire prévaloir, n’est rien moins qu’un des fléaux des États-Unis à l’heure qu’il est, c’est le bouleversement périodique de l’administration selon le souffle d’une élection politique, c’est ce qu’on appelle au-delà de l’Atlantique la « rotation des offices. » Autrefois, quand le fléau a commencé sous la présidence du général Jackson, ce n’était rien encore, le pouvoir exécutif ne disposait que d’un assez petit nombre de fonctions rétribuées. A mesure que le nombre des emplois distribués par le gouvernement s’est accru, et il est maintenant presque démesuré, surtout depuis la guerre de la sécession, le mal est devenu redoutable, il mine la grande république américaine et paralyse le gouvernement. C’est ce qui a perdu la dernière administration, c’est la cause de ces erreurs et de ces fautes qu’avouait le général Grant dans son récent message. Chaque élection devient comme le rendez-vous de toutes les ambitions personnelles, de toutes les convoitises, de tout un monde de politiciens effrénés combattant sans scrupule pour l’emploi qu’ils veulent conquérir, et qu’ils auront si leur candidat réussit. Le président en entrant à la Maison-Blanche, le gouverneur dans son état, traînent après eux une clientièle affamée qui reçoit