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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 janvier 1877.

Voici donc une péripétie nouvelle dans ces affaires d’Orient qui ont déjà passé par tant de phases obscures, presque émouvantes et encore plus irritantes. Depuis près de deux ans, depuis une année au moins, nous voyons se dérouler ce tissu d’événemens où la diplomatie alterne avec les épisodes sanglans, où toutes les politiques sont occupées à poursuivre un dénoûment toujours fuyant.

Après les insurrections de l’Herzégovine, de la Bosnie et de la Bulgarie, après la guerre provoquée par la Serbie et le Monténégro, après les révolutions turques et les dépositions de sultans, après la note Andrassy, le mémorandum de Berlin, le programme russe, le programme anglais, le discours de Guildhall, le discours de Moscou, une conférence a fini par prendre rendez-vous à Constantinople. Des plénipotentiaires spéciaux ont été envoyés par les puissances comme pour concentrer sur un même point et sous une forme plus décisive l’action européenne, pour concilier dans une délibération commune toutes les divergences de politiques et d’intérêts. Pendant quelques jours, cette conférence a siégé, poursuivant ses travaux, rédigeant des programmes proclamés irréductibles et successivement réduits. Il y a eu conférence préliminaire et conférence plénière. Les représentans de l’Europe ont négocié entre eux, puis ils ont discuté avec les ministres de la Porte, qui à leur tour ont eu leurs conseils extraordinaires. La diplomatie n’a pas oublié les bals et les banquets. Constantinople, comme Vienne au temps passé ou comme Paris, a eu son congrès, ses fêtes, ses intrigues, ses réunions animées. Cette fois on a cru tenir le dénoûment, on l’a cru d’autant mieux lorsqu’au commencement du mois l’armistice, signé pour six semaines entre la Turquie, la Serbie et le Monténégro, a été prolongé jusqu’au 1er mars. Tout au moins on a voulu croire un instant à l’efficacité de ce déploiement de l’influence européenne manifestée par un tel concours de négociateurs autour du sultan. Malheureusement il n’en a