Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/708

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maintenu jusqu’au bout. C’est l’opinion que le ministère anglais se dispose à porter devant le parlement. C’est probablement aussi l’opinion du gouvernement français. Ce qu’en pensent la Russie, l’Allemagne et l’Autriche, on le saura bientôt par les circulaires de la chancellerie de Saint-Pétersbourg, par les discussions parlementaires qui ne tarderont pas à s’engager à Berlin, à Vienne ou à Pesth.

Oui, assurément, on peut dire malgré tout que cette délibération à laquelle se sont prêtés les gouvernemens n’a point entièrement échoué. Il n’est point douteux qu’un changement sensible et favorable s’est accompli dans l’ensemble des rapports politiques de l’Europe vis-à-vis de l’Orient. Qu’on se souvienne de ce qui se passait, il y a quelques mois à peine, presque jusqu’à la veille de la réunion de la conférence. Toutes les passions de la guerre, mal contenues par un armistice péniblement conquis pour quelques semaines, s’agitaient encore dans la vallée de la Morava. La Russie, impatiente de son côté, pressait les cabinets d’agir ou de la laisser agir, et prenait elle-même l’initiative d’une sorte d’ultimatum à Constantinople. L’empereur Alexandre II, excité et troublé peut-être par les émotions populaires qu’il rencontrait sur son passage à son retour de Livadia, faisait entendre à Moscou des paroles qui ressemblaient à un prélude d’entrée en campagne, qui étaient d’autant plus graves qu’elles avaient l’air d’être une réponse au discours de lord Beaconsfield à Guildhall. L’armée russe recevait ses ordres de mobilisation et allait se concentrer aux abords du Pruth. Le gouvernement de Saint-Pétersbourg avait des programmes de réformes qui équivalaient à la dépossession de la Turquie, et, comme garantie, elle ne réclamait rien moins que l’occupation militaire de la Bulgarie en laissant l’Autriche libre d’entrer dans la Bosnie et l’Herzégovine. La guerre était partout imminente, un mot suffisait pour la déchaîner au milieu de la confusion de toutes les politiques. C’est dans ces conditions assurément difficiles que la conférence se réunissait à Constantinople. Elle est allée visiblement au plus pressé, comme on dit. Elle s’est étudiée à ménager une retraite à la Russie par des concessions et des sacrifices auxquels la diplomatie russe, il faut en convenir, a répondu de son côté en diminuant par degrés ses prétentions.

On y a mis de part et d’autre sans contredit toute la bonne volonté possible, et c’est ainsi qu’après avoir commencé par des programmes démesurés embrassant toutes les parties de l’administration turque, fondant l’ingérence européenne par la participation au choix des gouverneurs des provinces, par une commission internationale de contrôle et de surveillance, on a fini par s’entendre, par rester d’accord jusqu’au bout sur des propositions successivement atténuées. Pour ne citer qu’un exemple, et c’était le seul point sur lequel lord Salisbury, dans son voyage en Europe, n’avait pas caché qu’il ne pouvait faire de concessions, on est passé de l’occupation russe en Bulgarie à une oc-