Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/787

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murmure le Baztan, qui va prendre bientôt le nom historique de Bidassoa ; çà et là par petits troupeaux paissent tranquillement des moutons mérinos, appesantis par leur toison, dont les longs poils soyeux traînent jusqu’à terre. Des muletiers passent, chassant devant eux leurs bêtes. En ce moment éclate un joyeux carillon, quatre ou cinq cloches se répondent, et leurs notes claires s’égrenant dans l’air éveillent les échos d’alentour : une tour carrée, terminée en coupole, surgit à l’horizon. Quelques pas encore, et vous entrez dans Elizondo, capitale de la vallée du Baztan.

Le bourg d’Elizondo par lui-même n’offre rien de bien remarquable : beaucoup de vieilles maisons, mais tristes et maussades avec leurs murs épais, leurs toits pesants et leurs fenêtres grillées, plus sombres que des jours de souffrance ; la pierre même dont elles sont bâties aide à l’impression générale, une sorte de pierre rougeâtre, particulière au pays, qui semble garder toujours comme des traces de sang ou un reflet d’incendie. Les rues étroites sont pavées de petits cailloux roulés, plantés par le bout ; tout au long, servant de trottoir, court une file de pierres plates où marchent les piétons. Appuyé d’un côté à la grande route, de l’autre le bourg est traversé par le torrent ; mais ce cours d’eau n’ajoute guère à l’agrément ni même à la propreté du lieu. Pendant la saison des pluies, en hiver, ou au moment de la chute des neiges, le Baztan gonflé roule à pleins bords entre les deux rangées de maisons qui l’étreignent ; en temps ordinaire, beaucoup plus modeste, il ne peut remplir son lit : des détritus de toute sorte s’entassent sur les rives demeurées à sec, tandis que les murs voisins étalent au grand jour leurs soubassements rongés par l’humidité et verts de moisissures. Lors de la première guerre civile, pris et repris tour à tour, Elizondo successivement servit de quartier général aux carlistes et aux cristinos; cette fois les armées ont opéré beaucoup plus bas, mais la petite ville est restée fidèle à ses convictions antilibérales. Quand je la visitai, deux mois à peine après la conclusion de la guerre, des troupes du gouvernement y étaient installées et logeaient chez l’habitant. Si j’ai bien vu, l’entente n’est rien moins que complète entre les adversaires de la veille : la bourgeoisie se tient à l’écart, ferme ses portes aux officiers libéraux ; le peuple, de son côté, fait aux soldats mauvaise figure ; les femmes ne leur parlent pas, et les hommes, dans la rue, passant près d’eux, détournent la tête.

Isolées dans la montagne ou groupées en villages, les maisons basques, pour la plupart, sont distribuées de même façon. L’ensemble présente un caractère de solidité qui tient lieu d’élégance et d’autres qualités architecturales ; elles n’ont guère plus d’un étage et forment un carré à peu près parfait : l’espace du reste