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TROIS MOIS DE VOYAGE
DANS
LE PAYS BASQUE

I.
LA NAVARRE.

C’est par une belle matinée du mois de mai qu’il faut quitter la France et, franchissant le pont-frontière de Dancharinea, entrer directement en Navarre. La route traverse d’abord quelques jolis vallons bordés par les hauteurs secondaires qui, comme autant de conte-forts, flanquent de ce côté la chaîne-maîtresse des Pyrénées ; à mesure qu’on avance, l’horizon s’élargit, la vallée s’évase, les montagnes s’écartent et forment dans leur retraite un amphithéâtre immense où chaque ondulation du sol figure un gradin. Sur le premier plan, une ligne de collines basses qui viennent mourir en pente douce jusque dans la plaine ; plus haut, des croupes arrondies que la variété des cultures marque de tons d’un vert différent ; puis des sommets sombres, couverts de bois ou tapissés de fougères et d’ajoncs ; au-delà enfin, perdus dans le ciel, de grands pics abrupts, décharnés, gardant encore aux anfractuosités du roc de longs filons d’une neige blanche qui étincellent au soleil comme des lames de cristal poli. Ce paysage est charmant de calme et de fraîcheur : la chaussée, fort bien entretenue, comme toutes les routes du pays basque, suit le fond de la vallée ; en contre-bas