Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/793

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vite, interrompit mon interlocuteur ; d’abord, ils sont charmants, ces petits hussards de la princesse, avec leur bel uniforme blanc et bleu, leurs aiguillettes, leurs fines bottes et leurs galons. Si entêtée qu’on soit de politique, on n’est jamais fâchée, se sachant jolie, de faire quelques tours de promenade aux côtés d’un gentil garçon, — et puis, quelle meilleure façon d’endormir l’ennemi ! Vous riez ; rien n’est plus sérieux cependant. Certes je ne prétendrai point que toutes nos belles dames soient disposées à s’avancer aussi loin que le fit autrefois Judith avec Holopherne dans l’intérêt du peuple de Dieu ; mais, tout compte fait, vous n’en trouverez pas dix qui n’aient leurs convictions arrêtées et qui ne travaillent en dessous pour la cause de don Carlos. » Pendant le siège, le chiffre de la population était descendu de plus de 20,000 âmes à 16,000 ; la plupart des jeunes gens servaient dans l’autre camp ; beaucoup de familles aussi s’étaient retirées dans les villes occupées par les carlistes, et parmi ceux qui restaient, plus d’un était soupçonné d’entretenir des intelligences avec le dehors. La garnison, 1,000 hommes à peine, se composait d’un bataillon incomplet de la réserve de Cadix, — ces malheureux Andalous mouraient littéralement de froid sous ce ciel inclément, — plus un certain nombre de gardes civils, de carabiniers, d’artilleurs. Aux libéraux de la ville, organisés en milice, revient pour une large part l’honneur de la résistance. Une première tentative faite par le général Morionès pour ravitailler la place n’avait qu’à moitié réussi. Homme d’action, hardi, très suffisamment habile, parfois battu, jamais découragé, Domingo Morionès possédait sur les troupes et sur le peuple même un réel ascendant ? On le connaît pour ses opinions ouvertement républicaines. Compromis après tant d’autres dans un pronunciamiento, il fut contraint, au temps d’Isabelle, d’offrir sa démission. La révolution lui a rendu son épée. Serait-ce dans l’intervalle, comme on le prétend, que, pour occuper ses loisirs, il étudia la Navarre, son pays natal, cette terre classique des surprises et des embuscades, aussi propice aux opérations de la contrebande qu’à la guerre de partisans ? Toujours est-il qu’il partageait avec le chef carliste Mendiry, son adversaire, un autre Navarrais, le précieux avantage de connaître admirablement l’échiquier où il faisait manœuvrer ses soldats. C’est lui qui, sous la régence de Prim, avait si prestement délogé don Carlos de Oroquieta et mis fin par ce coup de vigueur au premier essai de soulèvement carliste. C’est lui aussi qui plus tard, dans le nord, placé en face d’un ennemi tout fier de succès imprévus, télégraphiait au gouvernement de Madrid : « Je n’ai ni argent ni soldats, mais tout ce qu’on peut faire avec rien, je le ferai. » À la fin du mois de janvier 1875, trompant Mendiry, qui l’attendait