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aux maisons religieuses. Aussi pendant la guerre les carlistes avaient-ils eu l’heureuse idée d’établir à Irache leur hôpital principal; des médecins et chirurgiens français étaient chargés du service, on avait même élevé à quelque distance, dans un petit bois, pour plus de salubrité, une baraque en planches spécialement destinée aux opérations. La veuve d’un des plus riches banquiers de Madrid, Mme Calderon, avait pris sur elle tous les frais de l’installation. Aussitôt après la conclusion des hostilités, on s’est hâté d’évacuer les hôtes de l’hôpital ; au mois de mai cependant, quelques-uns demeuraient encore qui achevaient de mourir, je montai les voir dans les grandes salles transformées en dortoirs : un soleil printanier entrant par les carreaux éclairait leurs visages pâles et amaigris et dessinait sur les murs de belles bandes dorées comme pour leur rendre plus amers encore le sentiment de leur sacrifice inutile et le regret de la vie. Je leur donnai quelque argent, des cigares : — Merci, monsieur, — me dit en français l’un d’eux, qui m’avait reconnu à mes vêtemens et à mes traits.

Dans les derniers temps, les carlistes avaient établi une batterie sur la cime même du Monte-Jurra. On distingue nettement le chemin tracé en zigzag aux flancs de la montagne qui leur servit à hisser les pièces. L’opération dura trois grands jours : quand ils touchèrent au sommet, ils pouvaient dire comme plus tard Primo de Rivera : « Nous sommes où nichent les aigles. » La batterie du Monte-Jurra se composait de quatre canons Withworth; deux bataillons y veillaient sans cesse sous le commandement du brigadier don Carlos Calderon, carliste ardent comme sa mère. Malgré tout, la position fut emportée sans beaucoup de peine, et cette perte entraîna celle d’Estella.

Le matin du 18 février, deux officiers avec leurs compagnies opéraient une reconnaissance. La veille. Primo de Rivera, établi à Dicastello, avait fait une imposante démonstration, mais sans résultat. Dès le principe, les soldats libéraux s’aperçoivent que les ennemis, après avoir tiré leurs coups de fusil, lâchent pied; ils se mettent à suivre et se rapprochent de la redoute; ce que voyant, les officiers envoient précipitamment demander du renfort. A plusieurs reprises on le leur refuse, on craint une embuscade; deux compagnies arrivent enfin : réunies aux deux premières, elles franchissent la hauteur au pas de charge et pénètrent dans les retranchemens. En quelques minutes, tous les défenseurs de la redoute sont tués, expulsé ou faits prisonniers; le commandant Calderon lui-même est forcé de se rendre; quant aux vainqueurs, ils n’osaient croire encore à leur succès.

Comment eut lieu cette surprise? Les Navarrais ne se font faute