Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/942

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pour l’alimentation de la voie navigable prolongée jusqu’à Marseille. Ainsi serait levée la plus grosse difficulté de l’établissement d’un canal direct du Rhône à ce port. Sans nul doute, il resterait d’autres obstacles très graves dans l’exécution de ce travail à travers un pays accidenté, avec des rivières telles que la Durance, qu’il faudrait traverser. Mais l’importance du résultat est bien en proportion de la dépense nécessaire. En tout cas, le canal projeté, qu’il faut exécuter pour les irrigations seules, offre la moitié du chemin de Lyon à Marseille pour son alliance avec la navigation; celle-ci ferait une vraie faute en ne profitant pas de ce don magnifique.

Souhaitons donc un heureux et prompt succès au projet de M. Dumont, surtout si l’on doit lui donner le développement indispensable pour qu’il produise tout son effet utile dans la triple utilisation de l’eau comme moteur, comme moyen de transport et comme agent de fertilisation du sol. La goutte d’eau que le soleil, cause de toute chaleur et de tout mouvement, puise dans les océans et élève sur les montagnes par le vent qu’il excite, peut en descendant transporter nos produits, puis mettre en mouvement les machines qui les transforment, puis enfin créer de nouvelles richesses en se répandant sur le sol. Telles sont les précieuses ressources de ce fécond élément, dont nous n’avons fait jusqu’ici qu’un très médiocre usage. Désirons encore l’immédiate réalisation de l’entreprise si ardemment demandée par les populations de la vallée du Rhône, parce que les résultats de cette entreprise nous décideront prochainement à aménager les eaux des Pyrénées, des Cévennes et de nos autres montagnes, comme celles des Alpes. Alors sur la majeure partie de la France nous aurons fait subir à l’agriculture une efficace transformation, grâce à laquelle elle contribuera vaillamment à solder la plus lourde portion des écrasantes dettes publiques qui sont le fruit des guerres et des désastres passés. C’est dans la mise en œuvre de l’eau, dans le développement de production agricole qui en résultera, dans les avantages économiques que l’industrie retirera de son emploi comme moteur, c’est dans la prompte création de toutes ces richesses encore tenues à l’état latent et qui ne demandent qu’à s’épanouir sous notre beau ciel de France, c’est dans cette somme de biens qu’il nous faut chercher l’allégement de nos impôts, ce grave problème du moment. Ce grand et intelligent effort pour associer plus intimement les forces de la nature au travail de l’homme contribuera à réparer, autant qu’il est possible, la fortune et la puissance de la patrie mutilée.


F. VIDALIN.