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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 février 1877.

C’est le destin de cette malheureuse question d’Orient : depuis qu’elle s’est réveillée, il y a dix-huit mois, au sein d’un continent mal apaisé, fatigué encore de tant de commotions récentes, elle ne fait un pas que pour se compliquer et s’aggraver. Les incidens succèdent aux incidens, les essais de médiation ou de pacification sont suivis de mécomptes, et à chaque phase nouvelle l’Europe se retrouve dans les termes où elle est aujourd’hui, au lendemain de ce suprême et infructueux effort qui vient d’être tenté à Constantinople.

Une fois de plus, l’Europe a délibéré, elle a négocié pendant six semaines, et en définitive, dans cette halte inquiète où l’a laissée depuis quelques jours le dénoûment de la conférence, elle est plus que jamais réduite à se consulter, à s’interroger, à se demander dans quels rapports elle reste avec elle-même ou avec la Porte, qui s’est montrée récalcitrante à ses programmes. Sans doute, rien n’est encore absolument compromis. Parce que des puissances, alliées pour la sauvegarde d’un intérêt supérieur, n’ont pas réussi du premier coup à rétablir la paix entre Turcs et Serbes, à conquérir les réformes, les garanties qu’elles voulaient obtenir, ce n’est point une raison pour croire que tout est perdu, pour rompre un faisceau diplomatique si laborieusement formé; ce serait plutôt au contraire un motif pour ne pas laisser se dissoudre cet accord préservateur, pour maintenir une action commune, qui peut être un stimulant pour les uns, un frein pour les autres, qui, dans tous les cas, reste un dernier gage de paix pour l’Occident. Parce que le sultan et ses conseillers se sont permis de décliner des propositions dont ils ont eu peut-être le tort de ne voir que la forme un peu impérieuse, cela ne veut pas dire que la Turquie soit décidée à rompre avec l’Europe, à refuser aux vœux, aux conseils, ou, si l’on veut, aux exigences des cabinets,