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des réformes sans lesquelles elle ne peut plus vivre. Parce que de toutes parts, en un mot, les difficultés se sont accrues, ce n’est pas une raison pour abandonner tout au hasard, pour livrer les intérêts de la civilisation, l’équilibre du monde, les bienfaits de la paix à la fatalité des conflits sanglans. Entre le mécompte d’une conférence interrompue et la guerre, il y a place pour la réflexion : la diplomatie n’a point assurément épuisé ses ressources. Il est cependant assez clair qu’il y a eu un moment de désarroi et d’anxiété ; c’est une péripétie imprévue, une épreuve de plus pour la paix. C’est une situation nouvelle qui a commencé, qui s’éclaire ou se caractérise aujourd’hui par ces trois faits : les premières explications données dans le parlement anglais, la circulaire récente du prince Gortchakof, et cette révolution ministérielle de Constantinople, qui, au lendemain même de la conférence, a précipité le tout-puissant vizir Midhat-Pacha du faîte du pouvoir dans l’exil.

Il ne faut pas s’y tromper, aujourd’hui comme hier, et plus encore aujourd’hui qu’hier, dans toutes ces explications qui commencent, dans les interprétations et les incidens qui peuvent se succéder, la seule question sérieuse est celle de la paix européenne. Il s’agit de savoir si l’alliance morale, l’action commune nouée entre les six puissances qui représentent le monde civilisé restera intacte, si elle résistera à la déception de la conférence ou si elle n’aura été qu’une combinaison éphémère et inefficace. Tout dépend de la manière dont les divers cabinets comprennent leur rôle, leurs intérêts et leurs droits dans cette phase nouvelle où les affaires d’Orient viennent d’entrer, du sens et de la portée qu’ils attachent à cette action collective récemment exercée. Tout dépend de ce qu’on pense à Saint-Pétersbourg et à Londres, à Vienne et à Berlin, comme aussi de ce qu’on va faire à Constantinople pour enlever tout prétexte à de plus redoutables conflits. Si compliquée qu’elle soit pour tout le monde, la question, avec un peu de bonne volonté, pourrait encore après tout être ramenée à des termes assez simples. Elle est dominée et limitée par la considération supérieure de la paix universelle, par les plus grandes transactions publiques, notamment par le traité de Paris, qui est comme un point de départ, et c’est peut-être parce qu’on s’est trop éloigné de ce point de départ régulateur qu’on est allé, à travers les confusions et les malentendus, à un mécompte facile à éviter.

Que dit-il, en effet, ce traité de Paris qu’on semble trop oublier aujourd’hui, à défaut duquel il n’y a plus que l’inconnu, et dont nous ne voulons rappeler que les dispositions les plus essentielles, celles qui s’appliquent directement à la crise présente? Par une de ces dispositions, inscrite à l’article 7, les puissances déclarent « la Sublime-Porte admise à participer aux avantages du droit public et du concert européen; » elles « s’engagent à respecter l’indépendance et l’intégrité territoriale