Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 21.djvu/742

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En calculant les neuf contingens de la réserve à 135,000 hommes, on obtient un total de 1,200,000 hommes, diminué d’au moins un dixième par la mortalité et les exemptions. Avec les 800,000 soldats de l’armée active, cela donnerait une armée disponible de près de 1,900,000 hommes, auxquels il faut adjoindre encore près de 200,000 Cosaques fournis par un recrutement spécial. Ce sera 2 millions d’hommes environ, 2 millions de soldats instruits et exercés que mettra aux ordres du tsar la loi nouvelle. Ce n’est naturellement pas après trois années que les réformes adoptées en 1874 peuvent donner de pareils résultats : ce ne sera qu’après quinze ans d’application, c’est-à-dire vers 1890.

Il faudra cinq années de plus pour que la loi militaire fournisse à la Russie tout ce qu’elle en attend et remplisse les rangs de la milice, dont l’organisation complète n’exige pas moins de vingt ans. La milice (opoltchénié) doit être composée des anciens soldats de trente-cinq à quarante ans sortis de la réserve, et des hommes de vingt à quarante ans que le sort ou les exemptions légales ont libérés du service dans l’armée active. La milice russe doit ainsi comprendre deux classes d’hommes fort différentes, les uns ayant longtemps servi, les autres dénués de toute instruction militaire. Ces derniers resteront de beaucoup les plus nombreux tant que la durée du service ne permettra pas d’augmenter les levées annuelles. L’armée territoriale se divise en deux catégories, en deux bans qui, en cas de guerre, doivent avoir un emploi différent. L’un est, comme la landwehr allemande, destiné à renforcer au besoin les troupes régulières sur le théâtre de la lutte ; l’autre, comme le landsturm prussien, a pour unique mission le service de garnison et la défense du sol national en cas d’invasion. Le premier ban comprend les anciens soldats de trente-cinq à trente-neuf ans et les plus jeunes des hommes favorisés par le sort. Au deuxième ban, qui sert de réserve au premier, appartiennent les miliciens de vingt-cinq à quarante ans n’ayant jamais servi. Ce dernier serait ainsi une force purement nominale. Il est donc inutile de supputer les millions de combattans que peut fournir à la Russie sa milice. Le premier ban, qui en cas d’insuffisance de la réserve peut être versé dans l’armée active, donnerait à lui seul près de 1 million d’hommes, dont avec le mode actuel de recrutement la moitié la moins nombreuse et la plus âgée aurait seule l’habitude des armes.

La mobilisation de cette armée territoriale a beau sembler inutile dans les circonstances actuelles, un règlement de l’année 1876 en a déjà prévu quelques détails. Les hommes du premier comme du second ban doivent être appelés au service d’après des catégories d’âge, en commençant par les plus jeunes. L’équipement du dernier