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radicale. Bordeaux manque aussi de docks et de moyens rapides de chargement et de déchargement. Comme à Marseille, ce sont des portefaix et des coureurs de quai qui font presque toute la besogne. C’était bon autrefois ; aujourd’hui, avec toutes les conquêtes de la mécanique moderne et avec toutes les améliorations adoptées par les ports étrangers, notamment ceux d’Angleterre, de Hollande, de Belgique, ces méthodes surannées ne sont plus de mise. Il faut être de son temps, comme on dit, aller du même pas que ses concurrens, perfectionner et compléter son outillage à mesure qu’ils modifient utilement le leur.

Malgré tous les désavantages qu’on vient de signaler, le port de Bordeaux n’en a pas moins une importance capitale, et vient en troisième ligne dans la liste des grands ports de commerce français, c’est-à-dire après Marseille et Le Havre. Les relations de Bordeaux s’étendent sur toutes les parties du monde. C’est de là que partent les paquebots des Messageries maritimes pour le Brésil et la Plata, touchant à la Corogne, Vigo, Lisbonne, Dakar (Sénégal), Pernambuco, Bahia, Rio-Janeiro, Montevideo et Buenos-Ayres. Les navires de la Compagnie transatlantique partant du Havre jettent l’ancre à Pauillac, de la gagnent la mer des Antilles, mouillant à Saint-Thomas, Porto-Rico, Cap-Haïtien et Port-au-Prince en Haïti, Santiago de Cuba, Kingstown de la Jamaïque, enfin Colon-Aspinwall sur l’isthme de Panama. D’autres ligues de steamers moins importantes, directement attachées au port de Bordeaux, fréquentent la Mer du Nord et la Baltique, touchant à Rotterdam, Hambourg, Saint-Pétersbourg, ou abordent de préférence les places britanniques, Londres, Glascow, Liverpool, Dublin, ou bien encore font un cabotage à vapeur sur les ports français de l’Atlantique et de la Manche, La Rochelle, Nantes, Brest, Le Havre. Enfin diverses compagnies de bateaux de rivière font un service quotidien de navigation fluviale pour les marchandises et les voyageurs, en aval, sur la Gironde, jusqu’à Blaye, Pauillac et Royan, en amont sur la Garonne jusqu’à Langon, La Réole, Agen. Pendant l’été, ces sortes d’excursions sont très suivies. C’est un genre de promenade dont on use volontiers, et que les rives pittoresques de la Gironde et surtout celles de la Garonne, aux coteaux doucement ondulés, parsemés de vignobles, rendent des plus attrayans. Les ports de la Dordogne, Bourg, Fronsac, Libourne, sont aussi en relation constante avec Bordeaux, lui envoient d’excellentes pierres à bâtir et des vins estimés, entre autres le saint-émilion, ce bourgogne de la Gironde. La portion du département comprise entre les deux rivières porte le nom quelque peu prétentieux d’Entre-deux-Mers, sans doute parce que le flort de la marée vient baigner l’un et l’autre bord. Elle se termine au Bec-d’Ambez et renferme aussi des vignobles assez