Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 23.djvu/115

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si frappant à Marseille. Il n’a pas non plus l’animation, le mouvement, la turbulence de la grande cité méditerranéenne ; il est calme, même sur ses quais, et en beaucoup d’endroits la ville semble trop grande pour le nombre de ses habitans, qui a cependant doublé depuis le commencement du siècle, et dépasse aujourd’hui le chiffre de 200,000 âmes.

Un viaduc métallique, aux piles tubulaires, rappelant les plus beaux ouvrages qu’on rencontre en ce genre en Angleterre et aux États-Unis, a été jeté sur la Garonne en amont du pont de pierre de Bordeaux. Il porte deux voies ferrées, et fait communiquer la gare de Paris ou de la Bastide avec celle du chemin de fer du Midi ou de Saint-Jean. Il est à jour, élégant, léger, et muni sur un de ses côtés d’une passerelle pour les piétons. La gare maritime dépend de la gare de Saint-Jean. C’est de là que part le railway qui court le long des quais jusqu’au bassin de Bacalan. La présence de ce chemin de fer littoral donne à la rive gauche de la Garonne un peu d’agitation. C’est le seul point de la cité ou il y ait véritablement de la vie. Les navires sont ancrés sur la rive ou au milieu de l’eau. Les colis débarqués sont amenés dans les wagons. Ce sont aussi les wagons qui apportent aux navires le chargement que ceux-ci attendent. De loin en loin sont installées des grues mécaniques pour élever et mouvoir les fardeaux les plus lourds. La profondeur de l’eau au bord des rives n’est pas toujours suffisante pour que tous les navires puissent accoster. De là la nécessité où sont quelques-uns d’ancrer au milieu de la rivière et de décharger sur des chalands.

Le port peut contenir dans sa partie rentrante un millier de navires, et il est accessible aux bâti mens de 2,000 tonneaux. Ceux d’un tonnage plus considérable, comme les paquebots des Messageries maritimes, sont obligés de s’amarrer en aval, là où la rivière est à la fois plus profonde et plus large. Quelquefois même il leur faut s’alléger d’une partie de leurs colis, ou, au départ, aller compléter leur chargement à Pauillac, port très fréquenté du Médoc, sur la rive gauche de la Gironde, à 60 kilomètres de Bordeaux. Les grands paquebots de la Compagnie générale transatlantique, qui font le service de la mer des Antilles, ne peuvent même toucher que là. Pauillac est l’avant-port de Bordeaux, comme Saint-Nazaire est celui de Nantes ; mais Pauillac ne menace pas encore de détruire son voisin comme le port à l’embouchure de la Loire. Quoi qu’il en soit, il a été souvent question de compléter le port de Bordeaux, non-seulement par un bassin à flot, comme celui qu’on achève de creuser à Bacalan, mais encore par un port sur l’Océan ou à l’embouchure de la Gironde. On a même parlé pour cela d’Arcachon, dont la baie ou étang se prêterait peut-être à cette transformation