Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/80

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promu au grade de capitaine de vaisseau, reçut des honneurs et des avantages qui lui créaient une agréable situation. L’illustre marin avait acquis des droits au repos ; pourtant le repos allait être fort court. Les efforts réitérés des navigateurs en vue de la découverte d’un passage au nord-ouest étant demeurés stériles, il vint à la pensée de certains géographes qu’on obtiendrait peut-être un succès si l’on cherchait à pénétrer de l’Océan-Pacifique dans l’Atlantique. Pour une pareille tentative, le capitaine Cook semblait bien l’homme le plus capable de réussir, mais on n’osait faire appel au dévoûment de celui qui avait déjà éprouvé tant de fatigues. Il fallait au moins le consulter. Dans une réunion chez le ministre lord Sandwich, on parla du projet, et Cook, s’enflammant, se déclara prêt à se charger de l’entreprise. Deux navires furent promptement armés : la Résolution et la Découverte ; l’astronome William Bailey s’embarqua sur le second bâtiment, que commandait le capitaine Clerke. Quant à l’histoire naturelle, on ne s’en embarrassait pas ; le chirurgien Anderson devait y suffire. Cook s’était brouillé avec Banks et Solander, puis avec les deux Forster ; il désirait ne point avoir de savans à son bord. Il n’était plus le commandant d’autrefois, qui en vue d’un avantage savait endurer l’ennui et supporter la contradiction ; il était devenu le chef dur et impérieux qui ne se plie aux exigences de personne.

Les deux vaisseaux appareillèrent à Plymouth le 12 juillet 1776 ; au mois de février 1777, ils sont en relâche à la Nouvelle-Zélande, au mouillage préféré du capitaine Cook dans le canal de la Reine-Charlotte. Aucun incident bien notable ne se produit pendant cette relâche ; Cook abandonne encore quelques animaux domestiques [1] croyant que désormais les navigateurs en trouveront dans le pays soit aux mains des habitans, soit à l’état sauvage. Il obtient des renseignemens sur les circonstances qui accompagnèrent le meurtre des dix hommes de l’équipage du capitaine Furneaux et reçoit de nombre d’indigènes l’invitation de mettre à mort des gens désignés comme auteurs du massacre ; les haines sont ardentes entre les tribus voisines. Un jeune insulaire, mû par le désir de voyager et tout au moins de se rendre à Taïti, se présente sur la Résolution ; un garçon d’une dizaine d’années conduit par son père veut aussi courir le monde ; le commandant déclare que ceux qu’il emmènerait à Taïti n’auraient sans doute jamais l’occasion de rentrer dans leur patrie. N’importe ; les parens se montrent fort peu touchés de la séparation : les sentimens de famille ne sont pas en général bien vifs à la Nouvelle-Zélande.

  1. Des porcs et des chèvres.