Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 28.djvu/627

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voisinages sont incommodes pour les talens ambitieux, pour lès vanités inquiètes ? Il ne faut pas ajouter foi trop facilement aux vilaines explications. Tout le monde voulait figurer au Champ de Mars ; il y avait plus de demandes que de places, et pour satisfaire les vivans on a immolé les morts. Si on avait pu ajouter une rallonge à la table, ils auraient été de la fête ; mais on n’a pas voulu se serrer pour les faire asseoir, et on les a mis poliment à la porte ; les vivans crient, les morts essuient en silence l’affront qu’on leur fait. Au surplus cet affront ne les atteint point, leur mémoire n’est pas à la merci d’une intrigue ; personne n’a parcouru les salles françaises sans y chercher des yeux ces illustres absens, et l’étonnement mêlé de chagrin qu’on éprouvait en ne les voyant point était un hommage rendu à leur souvenir. Ah ! que les Anglais ont été plus avisés et mieux inspirés ! Ils n’ont oublié ni éconduit personne, ils ont amené avec eux tous leurs morts, grands ou petits, Mason et Lewis, Phillip, Walker et Landseer. Nous n’en conclurons pas qu’un jury anglais est fait d’une autre pâte, pétri d’un autre limon qu’un jury français. Au nord comme au midi, sous toutes les latitudes, tous les jurys se ressemblent et tous les amours-propres aussi ; mais l’Angleterre est un pays où l’on se persuade moins facilement qu’ailleurs que les hommes parvenus à certaines situations officielles peuvent tout se permettre, ne consulter en toutes choses que leurs goûts et leurs intérêts, et se dispenser de compter avec l’opinion publique. Les pachas sont une espèce plus rare sur les rives de la Tamise que sur les bords de la Seine. Hâtons-nous d’ajouter que parmi les péchés qu’on impute au jury français il en est de purement imaginaires. Au palais, quand on veut expliquer un crime inexplicable, on cherche la femme ; au Champ de Mars, on cherche le juré. Mais le juré est inabordable, insaisissable, inaccessible ; il méprise les reproches véhémens qu’on lui adresse et qu’il traite de vaines clabauderies. Il n’a pas même le loisir de les entendre, son esprit est ailleurs, il a eu tête un gros souci, il médite sur une affaire importante qui absorbe toutes ses pensées, il s’occupe jour et nuit à découvrir un moyen sûr de s’adjuger à lui-même une médaille d’honneur et d’infliger à ceux de ses confrères qui lui font ombrage l’humiliation d’une médaille de troisième classe.


II

Il y a dans les couvens des religieux profès, des novices et des frères convers. Les pays qui ont envoyé de la peinture au Champ de Mars sont les uns de vieux routiers de l’art, qui ont une antique