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que la vie a besoin d’être pour que le conflit ait lieu? Ceci ne veut pas dire que les phénomènes de la vie sont les manifestations spontanées d’un principe vital intérieur. Comme Claude Bernard, et aussi énergiquement que lui, nous repoussons tout principe ontologique. Nous ne reconnaissons que la vie réalisée dans et par l’organisation vivante.

Quoi qu’il en soit, le protoplasme est excitable, et ses excitans généraux sont ceux de la vie elle-même : l’eau, la chaleur, l’oxygène, certaines substances dissoutes dans le milieu ambiant. Ces principes sont ceux que les anciens considéraient comme ayant formé le monde, l’eau, l’air, le feu, la terre (substances nutritives ou salines).

Peut-on agir sur l’irritabilité du protoplasme, la supprimer expérimentalement et en fournir ainsi une démonstration indirecte, mais saisissante? Ici se place une série d’études expérimentales sur les anesthésiques et l’anesthésie du protoplasme, études neuves et hardies, toutes marquées à l’empreinte du maître. « Tout le monde sait, dit Claude Bernard, que les anesthésiques, l’éther, le chloroforme ont la propriété d’éteindre momentanément la sensibilité, et par conséquent d’empêcher le malade qu’on opère d’avoir conscience et souvenir de la douleur, ce qui équivaut à sa suppression. Or nous avons trouvé que cette action des anesthésiques est générale, qu’elle ne s’adresse pas seulement à ce phénomène conscient qu’on appelle douleur ou sensibilité, mais qu’elle atteint l’irritabilité du protoplasma et s’étend à toute manifestation vitale, de quelque nature qu’elle soit. Il devait en être ainsi, puisque c’est au protoplasma que nous rattachons toutes les activités vitales. »

Ces substances deviennent les réactifs naturels de toute substance vivante, et par conséquent du protoplasme. Sous leur action, tous les phénomènes dépendant de l’irritabilité vitale sont suspendus ou supprimés; les autres phénomènes de nature chimique qui s’accomplissent dans l’être sans le concours de l’irritabilité sont au contraire respectés. De là un moyen précieux de discerner dans les manifestations de l’être ce qui est vital de ce qui ne l’est pas. Quel merveilleux don possède Claude Bernard de voir et d’analyser la vie ! Quel sentiment de l’ordre vital, quel instinct de ce qui est la vie et de ce qui ne l’est pas, de l’organique et de l’inorganique, si nécessairement unis en tout être !

L’anesthésie atteint donc tous les végétaux et to.us les animaux; tout ce qui est irritable peut être anesthésié. Il n’est pas nécessaire qu’un système nerveux reçoive l’impression de l’agent anesthésique; cet agent frappe l’organisme le plus inférieur, celui qu’une masse protoplasmatique semble seule constituer. Je voudrais pouvoir raconter les expériences instituées par Claude Bernard pour