Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/463

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du soleil, qu’ils adorent encore. La messe dite, Jagellon monte sur une colline pour reconnaître l’ennemi; il arme chevaliers un certain nombre de Polonais en les ceignant du ceinturon doré, se confesse, sans descendre de cheval, et met son casque. C’est alors que se présentent devant lui les deux hérauts de l’ordre portant deux épées nues; ils demandent au roi de désigner le champ où il veut combattre ; Jagellon répond qu’il accepte le champ de bataille que Dieu lui a donné ; puis il fait sonner les trompettes et ordonne l’attaque.

Les Lithuaniens, qui forment l’aile droite, se précipitent avec fureur sur l’armée des teutoniques. Ceux-ci tiennent bon, et leur canon fait des ravages dans les rangs des ennemis, qui, au bout d’une heure, reculent et se débandent; beaucoup fuient jusqu’en Lithuanie, où ils répandent la nouvelle de la défaite de Jagellon. Une petite partie de l’armée polonaise est entraînée dans la déroute; la bannière de saint George a reculé, et même la bannière royale a été jetée par terre; mais elle a été aussitôt relevée : le centre se raffermit, et l’aile gauche est intacte. Cependant les teutoniques s’étaient répandus à la poursuite des Lithuaniens; joyeux, ils chantaient, voyant fuir ces ennemis du Christ, l’hymne qui commence par ces mots : « Le Christ s’est levé ; » mais ils avaient perdu leur ordre de bataille et compromis la journée en portant leur principal effort sur le contingent lithuanien. Au moment où ils reviennent vers leurs positions, après avoir abandonné la poursuite, Jagellon les attaque de flanc et les met en désordre. Bientôt le grand maître se voit obligé de faire donner les seize bannières de la réserve. Il les conduit lui-même au centre de l’armée polonaise, où le roi, comme il avait été décidé en conseil de guerre, se tenait au milieu du retranchement formé par les chariots de guerre. Jagellon veut se précipiter dans la mêlée; un des siens se jette aux rênes de son cheval ; le roi l’écarté avec sa lance, mais se souvient qu’il doit demeurer et demeure. Il veut du moins faire donner sa garde de soixante lances; sa garde demeure derrière lui. Les teutoniques ne peuvent entamer le retranchement ; un d’eux, qui a pénétré jusqu’au roi, tombe à ses pieds, frappé d’un coup de lance par le notaire royal Sbigneus, qui sera plus tard archevêque. Alors on entendit le grand-maître commander un mouvement vers la droite, où était la bannière royale. La petite troupe héroïque se précipita ; elle fut cernée ; le grand maître ne demanda pas merci : il périt avec presque tous les officiers.

Le désordre était tel dans l’armée teutonique que ce mouvement désespéré n’avait pas été soutenu. Les fuyards encombraient les retranchemens de chars, situés au-dessus du village de Tannenberg.