Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/969

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trois mois de travail. Soit, le parlement, après huit ans d’absence, rentrera à Paris ; mais ici encore ne voit-on pas comment, par des tergiversations et des ajournemens, on a tout compliqué pour arriver à un assez médiocre dénoûment qui semble perdre tout caractère sérieux ? La chambre des députés vote à l’improviste il y a quelques mois cette rentrée à Paris, le sénat regimbe, le gouvernement louvoie, gagne du temps, promet Paris aux impatiens en promettant la zone neutre avec la garde aux partisans de Versailles, et tout finit par une sorte de petit retour subreptice et craintif, qui n’est qu’un expédient de plus. C’est là justement ce qu’on peut appeler une politique dénuée d’initiative et d’autorité, livrée aux accidens et aux surprises, tour à tour agitée ou indécise dans le conseil comme dans l’action.

Ce n’est pas la faute du gouvernement seul, nous le savons bien. C’est un peu la faute de tout le monde, des partis, des chambres elles-mêmes autant que du ministère ; c’est la faute d’une situation générale qui, sous une apparence de régularité extérieure, cache malheureusement de profonds désordres d’idées, de désastreuses incohérences. La vérité est que tout va un peu à l’aventure, à la merci des passions et des fantaisies, que nous sommes encore loin d’avoir retrouvé les conditions d’une vie publique fortement organisée, et ce qui se passe quelquefois à Versailles n’est pas de nature à nous ramener par le plus court chemin a ces conditions nécessaires de tout régime sérieux. On l’a vu ces jours derniers encore par cet incident extraordinaire qui est venu s’ajouter à tant d’autres incidens et qui est certes une des plus étranges révélations de l’esprit de désordre et de violence qui règne dans les partis. C’est cette scène qui a éclaté en pleine chambre à propos d’une demande d’autorisation de poursuite contre un jeune député journaliste, la fleur des pois du bonapartisme, M. Paul Granier de Cassagnac. Le gouvernement, en y réfléchissant, n’aurait-il pas dû s’abstenir de mettre en mouvement la puissance parlementaire et de demander solennellement cette autorisation de poursuivre des articles de journaux ? Qu’a-t-il gagné ? Il a offert une occasion de porter ces polémiques violentes devant la chambre, de distribuer à tous les vents du ciel, par l’intermédiaire du Journal officiel lui-même, toute sorte de déclamations injurieuses répandues dans d’autres journaux. On portera encore une fois ce fatras devant un tribunal : c’est le droit de la défense, c’est l’éternelle histoire de ces procès de presse qui risquent de multiplier l’injure sous prétexte de la punir. Voilà ce qu’on aura gagné ! Si le gouvernement y tenait si vivement, dès que la question a été engagée, n’aurait-il pas pu du moins, par quelques mots simples et décisifs prononcés à propos, arrêter une discussion qui menaçait de s’égarer et que le député mis en cause était seul intéressé à compliquer par ses provocations ou ses intempérances ?