Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/158

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car elle n’est qu’une répétition contemporaine de ce qui s’est passé sur le sol africain depuis qu’il y a des hommes. Ces Fingos, dont le nom en langue cafre signifie chiens, habitaient dans un passé encore bien récent une région quelconque du Natal. Le conquérant Chaka, le fondateur de la monarchie des Zoulous, étant entré dans Natal les poussa devant lui comme un puissant chasseur qu’il était devant l’Éternel, et ils ne s’arrêtèrent dans leur fuite que lorsqu’ils furent arrivés au pays des Galekas où ils apprirent par amère expérience qu’il est inutile d’éviter Charybde si c’est pour tomber en Scylla, car fuyant l’oppression ils rencontrèrent la tyrannie. Les Galekas, voyant ce bétail humain éperdu qui leur arrivait, le jugèrent de bonne capture et lui donnèrent l’hospitalité de l’esclavage. C’est dans ces conditions d’esclaves que les Anglais les trouvèrent en 1834, et ils les en relevèrent avec d’autant plus d’empressement que c’était le moment même où le gouvernement britannique décrétait partout l’abolition de l’esclavage. Une fois libres et placés sous le protectorat du gouvernement colonial, qui pour faire pièce à leurs anciens maîtres les établit sur un territoire d’un tiers plus grand que le territoire galeka, les Fingos sont devenus un peuple industrieux, riche, et ne ménagent pas les représailles à leurs ex-tyrans. Ils ont été la. cause première de la révolte de Kreli en 1877, et ils ont aidé à la répression avec la vaillance modérée qui peut être particulière à d’anciens esclaves devenus agriculteurs et trafiquans prospères. Ces auxiliaires indigènes sont sans doute un précieux secours ; cependant il ne faudrait en user ni largement, ni sans défiance. Passe pour les Fingos, qui ont trop à redouter les vengeances de leurs anciens maîtres et qui ont reçu de l’Angleterre un service trop signalé pour ne pas lui rester fidèles quand même ; passe encore pour les Griquas, race métis dont les chefs ont trop à gagner au maintien de l’état actuel des choses dans l’Afrique australe pour en désirer le changement ; mais les derniers événemens ne prouvent-ils pas à quel point la fidélité de la plupart de ces tribus est douteuse ? Les Souazies passaient pour des alliés sûrs, nous venons de les voir combattre en faveur de Cetywayo. Les Basoutos passaient pour des sujets soumis, l’expédition du capitaine Wood, rendue nécessaire par l’agitation hostile de ces tribus aux premières nouvelles du désastre d’Isandula, dit assez combien cette confiance était trompeuse.

Ce ne sont pas là toutes les armes de la civilisation. Elle en a bien d’autres, et, par exemple, outre les moyens qui lui sont propres, ne peut-elle pas, selon les circonstances, emprunter ceux de la barbarie même ? A Dieu ne plaise que nous veuillons donner à ces paroles une portée exagérée. Prise dans son ensemble, la conduite du gouvernement anglais envers les indigènes a été