Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/157

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


écrit récemment sur la vie des colons de Natal un charmant petit livre, bien supérieur à ses précédentes publications sur la Nouvelle-Zélande, eut un jour la curiosité de visiter un kraal de son voisinage. Le patriarche du lieu à qui on s’adressa la regarda avec une tristesse amère où perçait une nuance de mépris. Qu’est-ce que ces dames anglaises qui ne manquent de rien chez elles peuvent trouver dans nos pauvres habitations où nous manquons de presque tout ? dit-il. N’importe, cet homme avait un point de comparaison, sa quiétude barbare était troublée. Les séductions du bien-être que le travail parmi les blancs peut procurer et les transformations que le salaire gagné opère en Cafrerie comme ailleurs sont au nombre des plus puissantes de ces influences civilisatrices. L’enfant indigent du kraal qui au bout de quelques années de travail se trouve en mesure de payer le nombre de vaches voulu pour l’acquisition d’une ou de plusieurs femmes, — la même lady Barker en a eu un de ce genre à son service, — ne peut pas ne pas reconnaître que c’est à la présence des blancs dans son pays qu’il doit de savourer les douceurs de la polygamie. Une autre ressource de la civilisation anglaise, c’est le concours que lui prête l’excentricité de caractère et d’action de ses enfans, auxiliaire précieux qui dans bien des cas vaut mieux pour l’énergie et l’activité que l’autorité locale, et en tient lieu fort souvent. M. Trollope ne nous apprend-il pas que le peuple des Amapondos est réellement gouverné par la veuve d’un missionnaire, une certaine mistress Jenkins, qui les a si bien façonnés, assouplis, pénétrés d’influences anglaises, qu’ils deviendront sujets britanniques dès qu’on le jugera nécessaire. Cette prédication civilisatrice par les moyens de moralisation pacifique peut d’ailleurs recourir en toute assurance au bras séculier pour dompter l’opiniâtreté de la barbarie ; elle trouvera à son service la surveillance des agens établis comme résidens auprès des tribus principales, la force militaire que l’Angleterre conserve au Cap, et surtout la police du corps de cavalerie coloniale, mounted police, gendarmerie bien recrutée et intelligemment répartie sur toute l’étendue du territoire cafre par escouades de trente ou quarante hommes, toujours assez proches des foyers d’insurrection pour pouvoir mettre à temps le pied sur les premières semences d’incendie. Enfin le gouvernement anglais a la ressource, dont nous l’avons vu déjà user en Nouvelle-Zélande, d’employer comme auxiliaires certaines tribus indigènes en profitant habilement des circonstances de rivalité qui opposent si souvent ses peuplades entre elles.

Les auxiliaires du gouvernement colonial pour la Cafrerie sont les Fingos, peuple dont la curieuse destinée est pour ainsi dire un chapitre vivant de l’histoire séculaire de l’Afrique. Leur aventure n’est que d’hier, elle pourrait être aussi bien d’il y a trois mille ans,