Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/165

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répétés dont elle a toujours su se relever, spectacle intéressant, même lorsqu’il est donné par une pauvre peuplade africaine. Voilà cinquante ans qu’ils sont écrasés par les ennemis les plus divers et qu’ils n’en sont que plus prospères. Ce furent d’abord les Korannas et les Amatabeles qui les réduisirent à une telle extrémité qu’ils furent contraints, paraît-il, d’avoir recours pour subsister à l’anthropophagie. Puis vint le tour des boers, qui, d’abord battus, prirent si bien leur revanche qu’ils les obligèrent à chercher secours dans la protection du gouvernement colonial, lequel les sauva de la ruine en annexant leur pays en 1868 et en les déclarant sujets anglais. Si la monarchie des Zoulous fait penser aux grandes tyrannies orientales, le gouvernement patriarcal des Basoutos ressemble à une parodie noire des monarchies pacifiques de Fénelon. Pendant de longues années, ils ont été dirigés par un chef du nom de Mosheh, sage et rusé fantoche qu’on dirait taillé sur le modèle des rois dévots du Télémaque, prêtant l’oreille aux missionnaires, vivant dans leur intimité, leur livrant volontiers son peuple et suivant lui-même, sincèrement ou non, leurs conseils avec une pieuse condescendance. C’était lui qui disait spirituellement aux Baralongs qui prétendaient lui avoir acheté le territoire qu’ils occupaient : « Du tout, je vous ai permis de traire ma vache, mais je refuse de vous la vendre. » Sous le gouvernement d’un tel chef et sous celui de son fils, qui a continué la même politique, les Basoutos sont devenus plus volontiers pasteurs et laboureurs que guerriers. Ils ont, nous dit M. Trollope, fait de grands achats de charrues dans ces dernières années, élèvent des troupeaux, produisent de la laine et sont, en dépit de leurs malheurs passés, une des tribus les plus riches de l’Afrique du sud.


III

Ces peuplades de l’Afrique australe ont des coutumes qui, à peu d’exceptions près, leur sont communes à toutes. Prises dans leur ensemble et considérées sans prévention, ces coutumes conduisent à cette conclusion que bien décidément l’humanité a partout le crâne fait de même et qu’elle est partout susceptible des mêmes erremens. Il s’est introduit de nos jours une théorie singulièrement flatteuse pour notre amour-propre, puisqu’elle tend à ressusciter au profit de notre race ce droit et ce pouvoir aristocratiques que nos sociétés civilisées s’appliquent à détruire pour leur propre compte, en sorte que nous transportons dans l’humanité générale les distinctions dont nous ne voulons plus pour nous-mêmes. Selon cette théorie, il y a dans l’humanité des races nobles parmi lesquelles les peuples d’origine aryenne tiennent le premier rang, et