Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/167

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paraît monstrueux à nombre de philanthropes qui semblent ignorer qu’il en est ainsi dans la presque totalité des ménages de paysans de nos contrées. Nos paysannes vaquent absolument à tous les travaux agricoles, sauf deux : elles ne fauchent pas et ne conduisent pas la charrue ; mais si l’on suppose un état de société où leurs maris et leurs frères seraient soldats en même temps que cultivateurs, il est probable qu’elles s’acquitteraient sans se faire prier de ces deux emplois aussi bien que des autres. Cette coutume d’acheter les femmes donne lieu, il est vrai, à des abus évident ; il est clair en effet que ce sont les plus vieux qui sont les plus riches en bestiaux, et qui en conséquence se marient le plus aisément ou épousent les plus jeunes et les plus belles filles. Cela est certainement fort barbare, seulement les romanciers et les dramaturges se sont chargés de nous apprendre que ces abus n’étaient pas inconnus de nations justement fières de leur civilisation. Lorsque l’Africain est assez riche pour avoir plusieurs femmes, il en choisit une dont il fait sa grande épouse ; c’est la sultane favorite du harem ou la femme d’élection des mormons. L’enfant né de cette femme privilégiée est unique héritier à l’exclusion des enfans des autres femmes, qui sont remis aux soins de la Providence ; c’est le droit d’aînesse et la famille compris comme les comprennent tous les peuples polygames. Le père a droit de correction sur l’enfant, mais cette correction ne doit être ni brutale, ni capricieuse ; il est responsable des fautes de son enfant tant que celui-ci réside à la hutte paternelle et peut faire prononcer son indignité en cas de mauvaise conduite ; rien de tout cela n’est indigne d’une nation civilisée, et il s’en trouve quelque chose dans nos codes.

Tous les crimes, meurtres par préméditation ou involontaires, rapts, viols, vols, sont uniformément punis par une amende graduée selon les circonstances du crime et les qualités de l’offenseur et de la partie lésée ; c’est le système de la compensation inscrit dans les vieux codes germaniques. Un chef ne peut être poursuivi pour vol par aucun de ses hommes ; dans nos monarchies non plus, aucun sujet n’a le droit de traduire son souverain en justice. Les enfans du chef possèdent le singulier privilège de voler ; c’est celui dont jouissaient aussi les jeunes Spartiates de race noble. M. Trollope nous raconte à ce sujet un fait fort curieux. Il y a quelques années, la famille d’un certain chef avait été si fertile en rejetons qu’il n’y avait pas une propriété qui fût à l’abri des déprédations. Les Cafres se plaignirent, et le chef, pour faire justice à ses hommes, restreignit ce privilège aux jeunes princes qui composaient sa famille immédiate ; un souverain d’Europe fait-il autrement lorsqu’il détermine le nombre des membres de sa famille