Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/206

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que nos bois, nos chemins, nos ruisseaux, nos fermes, nos campagnes françaises nous donnent le spectacle qui nous charme et l’horizon qui nous suffit.

Nous aimons la fraîcheur, et dans notre vie agitée nous voulons au moins nous reposer par les yeux. Les peintres de fleurs le savent. Que M. Delanoy nous offre dans sa nature morte, qu’il intitule Chez don Quichotte, un superbe morceau de peinture d’une harmonie puissante et chaude, c’est pour le mieux. Mais à la nature morte, nous opposons les fleurs. M. Jeannin nous en présente une moisson pleine. Toutes humides encore, elles donnent la sensation de la fraîcheur ; on n’a qu’à les prendre et à les transplanter. La couleur des tableaux de M. Jeannin est éclatante et forte. L’artiste rend bien dans leur opulence la coloration, des fleurs. Il n’apporte à la forme qu’une vraisemblance suffisante qui n’est pas absolument la vérité ; mais l’aspect nous charme, et l’on peut, dans une certaine mesure, traiter les fleurs sans les dessiner en maître comme M. Chabal-Dussurgey. Quel thème charmant qu’un bouquet, qu’une gerbe de fleurs ! Il y a d’abord la composition, le choix des espèces, la manière d’associer les couleurs, de former un ensemble agréable, et il reste encore à ajouter à cela l’expression. Les fleurs ainsi réunies ont, lorsqu’on les regarde, une physionomie particulière, Elles ne conservent plus rien de l’attitude libre qu’elles avaient sur leur tige : elles n’ont plus le même soutien. Elles sont fraîches encore, mais elles vont se faner : la vie va se retirant d’elles. Leur grâce est comme un sourire triste qu’il faut recueillir. Cette distinction entre la fleur vivante et celle qui ne vit plus qu’artificiellement doit être sentie par le peintre, mais il ne nous la fait pas toujours comprendre. Ce que nous trouvons au Salon de cette année et qui n’est point à dédaigner, ce sont des tableaux qui, comme ceux de M. Leclaire, représentent véritablement des fleurs par la transparence et la juste coloration de leurs ombres. Ici le clair-obscur est d’une difficulté extrême. Nous répugnons à l’idée que l’on puisse donner à une rose des ombres noires : c’est encore là qu’une observation attentive, intense des colorations et des valeurs doit être mise au service de l’art.

La nature et les procédés de l’aquarelle conviendraient mieux pour rendre ces délicatesses que les couleurs à l’huile. Mais dans ce genre nous n’avons rien trouvé au Salon qui nous donnât satisfaction. Dans nos recherches, nous avons parcouru la longue galerie des dessins. Comme toujours elle était déserte. Cette année cependant, M. Berne-Bellecour, M. Séon, M. Seillière, ont exposé de charmantes aquarelles ; M. Dornois et Mme la princesse de Chimay ont fait assaut de talent dans leurs fusains, et deux peintres, M.