Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/205

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un espace pour travailler à jour libre. Peindre en plein air, peindre dans l’air, représenter les choses dans une atmosphère, tel est l’objet que se proposent de réaliser un certain nombre d’artistes sur les œuvres desquels se fixe de plus en plus l’attention.

Voyez la Saison d’automne de M. Bastien-Lepage : ce sont des femmes occupées à recueillir des pommes de terre dans un champ fraîchement fouillé. Mais l’intérêt n’est pas là. D’ailleurs M. Bastien-Lepage n’est pas le premier qui ait traité de pareils sujets dans de grandes proportions. M. Jules Breton l’avait fait avant lui ; mais il s’était surtout préoccupé du caractère des personnages et avait cherché le style dans la vie des campagnes. M. Bastien-Lepage est surtout frappé du caractère naturel des choses. La simplicité et la clarté de l’aspect, la justesse des valeurs, la finesse des dégradations et des nuances, l’unité dans la lumière et dans l’effet, sans les artifices d’un clair-obscur de complaisance, en un mot l’impression de la vérité extérieure, voilà ce qui le touche et ce que son rare talent nous fait pénétrer. Les personnages baignent dans un milieu général, participent de l’unité dominante et sont comme issus de la terre à laquelle leur travail les tient attachés : panthéisme très différent de celui de M. Henner, panthéisme physique, mais dont l’impression ne peut se dénier. De même chez M. Duez, l’intérêt réside moins dans le sujet que dans les qualités personnelles du peintre. Son triptyque qui représente la Légende de saint Cuthbert est un ouvrage important. Des trois parties, nous préférons celle du milieu, malgré l’étrangeté du spectacle qu’offre l’aigle apportant au saint un poisson qu’on dirait sanglant. Mais l’étude des personnages est remarquable, et nous ne leur reprochons pas leur aspect barbare. Le paysage, dans ses rapports avec l’ensemble, est d’une grande justesse de ton ; mais ce qui est supérieurement rendu, c’est l’air, qui est d’une limpidité extrême et d’une immense clarté.

Après ces considérations, il n’y a plus à s’étendre beaucoup sur le paysage ; il est dans la même voie, il a les mêmes qualités. Il est impossible de voir une école plus affranchie de tout esprit de retour au passé, de tout désir de l’imiter. Sans réserve, elle est vouée à l’étude de la nature, et dans le culte qu’elle lui rend, on voit qu’elle a conscience d’être en possession de la vérité ; les talens sont en progrès : d’année en année, MM. Bernier, Defaux, Hanoteau, Pelouse, montrent une observation plus juste, une exécution plus parfaite ; M. Harpignies met de mieux en mieux en relief toutes ses qualités. MM. Flandrin et Bellel soutiennent l’honneur dit style et du paysage composer M. Guillaumet nous transporte dans le Sahara. Mais, tout en rendant hommage à leur grand mérite, on s’arrête à MM. Isenbart, Ordinaire et Le Marié des Landelles. Il est évident