Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/213

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de droit au travail, d’autres conçoivent de l’ombrage de son autorité et la mettent en demeure de justifier de son droit. Il y a dans cette prétention un grand oubli des principes. Le droit de l’état est formel, ne fut-ce qu’au point de vue de nos traditions, qui sont et qui restent celles d’un pays de gouvernement. Mais il suffit que le sentiment de l’art soit un des ressorts indépendant et incontestables de l’esprit humain, qu’il ait sa place nécessaire dans l’activité de l’homme et partant dans la vie des sociétés, pour qu’il ait rang dans les affaires du pays. En principe, l’idée de l’état n’est pas contingente, et ses élémens ne sont pas de ceux que l’on crée et que l’on détruit. La pensée que l’on peut à volonté y ajouter ou en retrancher quelque chose tient du rêve. On n’a pas plus le pouvoir d’exclure l’art des attributions de l’état que la justice ou la religion.

En ce qui concerne l’art, l’intervention administrative s’exerce d’abord par l’enseignement, qui ne peut trouver que dans les établissemens nationaux son complet développement. En effet, le désintéressement que montre l’état lorsqu’il enseigne gratuitement, la hauteur du but qu’il vise en développant l’une des aptitudes du goût de la nation, et en préparant des monumens à son histoire, assurent à nos écoles une place des plus honorables parmi nos institutions. L’École des beaux-arts ajoute de plus en plus à l’éducation technique de nombreux élèves la culture intellectuelle qui leur est indispensable à une époque où le champ de l’art est sans limites. L’École de Rome nous envoie chaque aimée de très bons ouvrages, et elle forme le caractère de ses pensionnaires aux spéculations élevées et au désintéressement. Dans le milieu qui lui est propre, il s’établit un certain équilibre entre les facultés esthétiques : l’idée de ce qui est nécessaire à la dignité de l’art et de l’artiste pénètre profondément dans les jeunes esprits. On peut dire sans exagération qu’à l’égal de nos Salons, l’exposition universelle a montré que la France a tout au moins la supériorité des études. Ceux donc que le présent ne satisfait pas trouveront dans nos écoles une raison de ne pas désespérer.

Il n’est pas inutile de constater que la grande solennité qui a réuni les œuvres des artistes du monde entier n’a exercé aucune influence sur le caractère de nos productions. Rien ne semble avoir fait sur nous une impression profonde. Nous n’avons, à ce qu’il nous semble, été touchés ni de la recherche des qualités de force et d’éclat dont témoignait la peinture austro-hongroise, ni des qualités de l’école espagnole1 qui allait de la puissante gravité de M. Pradilla aux vivacités éclatantes de Fortuny, ni de l’exécution supérieurement habile de l’école italienne, ni de la profondeur morale que