Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/217

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les isolent ; mais ils sont tous unis dans l’harmonie du monde dont nous dépendons.

L’antiquité, malgré l’homogénéité de son génie purement idéal, n’avait pas dédaigné la simple nature. En dehors des types divins qu’elle avait créés, elle avait relevé les types individuels par le sentiment de l’art et par la connaissance profonde et non servile de ses lois. Le Tireur d’épine n’est pas un sujet qui sorte de l’ordinaire, le type de la figure est plein de naïveté, et cependant, si l’art des modernes était appelée produire des œuvres de ce mérite, dût-il se borner à cela, il exciterait encore l’admiration et l’envie.

Tant qu’il y aura un œil humain pour voir la nature, le sentiment du beau naîtra du témoignage des sens, et l’art ne périra pas. L’idéal sous mille formes se présente à nous, mais, qu’on le sache bien aussi, nous ne pouvons le retenir. Nous le saisissons pour une heure, et il nous échappe. Il faut toujours recommencer la poursuite. Nous nous agitons entre ce qui est et ne peut nous suffire, et quelque chose de supérieur dont nous ne pouvons nous passer et qu’il ne nous est pas donné d’étreindre. Car pour tout ce qui touche à la beauté parfaite comme pour tout ce qui tient au bonheur, il n’y a pour nous que des commencemens.


EUGENE GUILLAUME.