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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 juin 1879


Les affaires du temps offrent parfois d’étranges spectacles, de singulières et saisissantes diversités. L’imprévu ne manque jamais dans cette histoire, qui recommence sans cesse, où les péripéties et les surprises de la veille s’effacent devant les surprises et les péripéties du lendemain. Les incidens tragiques éclatent au courant des choses, dans ce mouvement ininterrompu des vieilles querelles toujours renaissantes, des contradictions qui passent. Tout se mêle, et c’est ainsi qu’il y a peu de jours encore, tandis que les deux chambres réunies en congrès à Versailles tranchaient enfin la question du retour à Paris, tandis que de son côté la chambre des députés se mettait à la discussion sur l’enseignement, à ce moment même arrivait d’une extrémité du monde, à travers l’Océan, la nouvelle de la mort du prince impérial.

On l’appelait ainsi, il a gardé son titre jusqu’au bout, quoiqu’il ne fût plus qu’un héritier sans héritage. Son père, le second fondateur de l’empire, Napoléon III, est mort découronné, dans son exil de Chislehurst, après avoir déchaîné une tempête où les malheurs d’une race, d’une dynastie, ne sont rien auprès des malheurs publics. Lui, le jeune prince, sans passé et sans couronne, il est allé mourir au bout de l’univers, sur la côte d’Afrique, dans une obscure embuscade de guerre, sous la main meurtrière de quelques Zoulous, instrumens aveugles d’un destin inconnu. Qu’allait-il faire dans cette campagne ingrate et hasardeuse des armées anglaises contre des peuplades sauvages des régions australes de l’Afrique ? Était-ce une inspiration romanesque qui l’avait décidé ? était-ce la générosité d’un cœur bien né qui a voulu aller partager les périls de ses jeunes compagnons de l’école militaire de Woolwich et reconnaître l’hospitalité qu’il a trouvée en Angleterre ? Voulait-il s’instruire, apprendre la guerre et se former à l’action ? N’a-t-il pas plus simplement cédé à une impatience de l’exil, au besoin de