Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/241

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gouvernement ont été consacrés sous une inspiration résolue de patriotisme au bien suprême de l’indépendance et de la liberté de la patrie, que les représentans de cette patrie déclarassent aujourd’hui ces titres périmés, dénués de toute valeur ? La Toscane doit-elle être punie, dois-je être puni moi-même, parce qu’alors nous ne nous sommes pas défiés de l’Italie future, de ceux qui seraient appelés un jour à diriger ses destinées, à la représenter ?… »

On aurait pu croire que l’intervention du baron Ricasoli tranchait la question, et un des chefs de la droite, M. Sella, qui paraissait d’abord peu favorable aux réclamations florentines, l’a compris ainsi ; il s’est incliné. M. Sella n’a pas été malheureusement imité. Le ministère lui-même, craignant sans doute de perdre en chemin sa majorité, n’a pas osé pousser l’équité jusqu’au bout et reconnaître un titre légitime ou tout au moins laisser aux tribunaux le soin de prononcer : c’était tout ce qu’on lui demandait. Bref, on a voté l’article de la loi qui déclare éteinte la créance toscane, et on n’a pas fait cette réflexion, bien simple qu’à l’heure présente le parlement italien ne serait peut-être pas à délibérer paisiblement à, Rome, si en 1859 le baron Ricasoli et ses amis n’avaient pas fait la révolution du 27 avril, s’ils n’avaient, pas subordonné les intérêts toscans à l’intérêt italien ! Cet incident assez triste n’est pas sans une certaine signification. On a tout l’air depuis quelque temps au delà des Alpes de céder à de médiocres inspirations, d’oublier bien légèrement et un passé qui est presque d’hier et les épreuves qu’il a fallu traverser, et ceux qui ont le plus contribué à créer l’Italie nouvelle. C’est d’autant plus frappant que ceux qui paraissent disposer aujourd’hui de la politique italienne ne montrent vraiment pas une supériorité particulière. Les trois ou quatre ministères qui se sont succédé depuis quelques années n’ont pas eu jusqu’ici une fortune bien brillante. Le parlement est plein d’incohérence. Hier on bataillait sur l’indemnité de Florence, aujourd’hui on est en plein conflit parlementaire pour l’impôt sur la mouture. La chambre des députés a voté un projet, le sénat vient de repousser une partie de ce projet. Le ministère se débat entre les deux assemblées, occupé à chercher une transaction qu’il trouvera vraisemblablement et qui n’éclaircira peut-être pas beaucoup la situation. Chaque phase dans l’histoire d’un pays a son caractère et aussi ses embarras plus ou moins inévitables sans doute ; la phase d’aujourd’hui a besoin de se débrouiller au delà des Alpes, et la plus dangereuse erreur pour l’Italie serait de se perdre dans les petites choses, de laisser s’affaiblir les traditions de la politique qui a inauguré ses nouvelles destinées nationales.

CH. DE MAZADE.