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en Portugal, il offre par ces divers séjours à ses modernes biographes l’occasion de digressions utiles, non pas toujours originales, mais dont le rapprochement et l’ensemble contribuent à une peinture animée de l’époque. Ce qui recommandera spécialement ce petit livre aux érudits, c’est le grand soin qu’ont apporté les auteurs aux recherches et aux indications bibliographiques. Ils y trouveront en ce genre quelques raretés, et tout a du prix quand il s’agit de l’activité littéraire et morale d’une aussi grande époque que le XVIe siècle français. Plusieurs points peu connus de cette histoire intellectuelle et religieuse y reçoivent une nouvelle lumière. Timothée de Grouchy, par exemple, fils de Nicolas, et qui a été controversiste plein de fougue et de savoir spécial, a été un écrivain d’une brillante originalité, que les biographes ont bien à tort jusqu’ici passé sous silence.



Mémoires du maréchal Randon, 2e édition, 2 vol. in-8°. Paris 1879.


Le maréchal Randon, déjà fort malade quand éclata la guerre de 1870, n’est point tombé en soldat sur nos champs de bataille, mais ce sont bien nos désastres qui l’ont tué le 13 janvier 1871. Ses Mémoires, écrits de sa main et restés à l’état fragmentaire, ont été recueillis, sa correspondance officielle mise en ordre par une main pieuse, qui s’est contentée de relier les faits épars au moyen d’une rédaction scrupuleusement empruntée aux documens officiels. Dans ces pages, datées de différentes époques, tantôt le maréchal parle à la première personne, tantôt il s’en tient à la forme indirecte. L’intérêt historique en est considérable. Au moment où le public se montre justement préoccupé de l’avenir de notre colonie africaine, il est instructif de lire l’histoire du gouvernement général de l’Algérie pendant les années 1852-1858, racontée par l’homme de guerre auquel nous devons la prise de Laghouat et l’achèvement de la conquête de la Kabylie. Le récit de quelques-uns des événemens auxquels le maréchal a été mêlé durant son premier et son second ministère, et après sa sortie du cabinet (1859-1870), n’est pas moins curieux. Nous citerons notamment les détails circonstanciés sur les plans de mobilisation qui furent agités au ministère de la guerre en 1866, aussitôt après la bataille de Sadowa. Les Mémoires du maréchal Randon constatant, au jour le jour, les résolutions contradictoires qui paralysèrent si déplorablement, à cette époque critique de notre histoire contemporaine, l’action extérieure du gouvernement impérial, ont d’autant plus d’autorité qu’ils s’appuient sur des faits précis, sur des documens authentiques, et que ces révélations inattendues nous sont faites avec un accent tout empreint d’équitable modération et de tristesse patriotique. La seconde édition des Mémoires du maréchal Randon se vend au profit de la Société de protection des Alsaciens-Lorrains.


Le directeur-gérant, C. BULOZ.