Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/341

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l’expérience d’une nouvelle invention capable de tuer deux cent mille Versaillais à la demi-heure. »

« Tuer deux cent mille Versaillais à la demi-heure, » c’est là un rêve dont la commune chercha obstinément la réalisation. Ce monde étrange, qui se disait révolutionnaire parce qu’il se savait meurtrier, se croyait scientifique parce qu’il eût voulu être exterminateur. Jamais plus folles songeries ne traversèrent la cervelle des alchimistes ; chacun avait son projet, son plan, son invention ; on était certain de ne pas se tromper, et c’est par-dessus les remparts que l’on criait : « Si M. Thiers est chimiste, il nous comprendra ! » S’ils n’ont point réussi complètement ainsi qu’ils se l’étaient figuré, ce n’est pas leur faute ; ils ont sans marchander dépensé dans la confection d’engins nouveaux et terribles tout ce qu’ils avaient d’ardeur, d’illusion et d’ignorance.

Le grand maître chargé de souffler aux alambics de la commune fut le docteur Parisel, qui faillit sauter, une fois, avec ses fourneaux. Il était jeune, il n’avait que trente ans, et était réellement médecin. Il était un peu inventeur ; en 1868, il avait proposé un nouveau modèle de fusil à Napoléon III, qui n’avait pas cru devoir l’adopter. Il aimait les grandeurs et avait inutilement essayé de se créer une clientèle dans les hautes familles du faubourg Saint-Germain ; ces deux faits expliquent amplement pourquoi il fut un des membres les plus actifs de la commune, et pourquoi, lorsqu’à l’Hôtel de Ville on réclamait le huis clos des séances, il demandait qu’on ne voilât pas « les plus belles pages « de l’histoire. » D’abord délégué au ministère du commerce (3 avril), puis membre de la commission des subsistances (22 avril), il fut enfin nommé le 3 mai chef de la délégation scientifique. Depuis bien des jours déjà, il en exerçait les fonctions, car le 22 avril il publia officiellement une note qui révélait, à n’en point douter, les projets de destruction dont les gens de la commune étaient tourmentés : on doit faire connaître à la délégation scientifique installée à « l’hôtel des travaux publics » les dépôts de produits chimiques, les inventions d’engins de guerre offensive ou défensive ; en outre « les détenteurs de pétrole sont tenus de faire la déclaration par écrit de leur stock, à la même adresse et dans les trois jours. » Avrial, membre de la commission de la guerre, Assi, délégué aux ateliers de fabrication du ministère de la guerre, réquisitionnaient de leur côté et faisaient effort pour mettre aux mains de la fédération des instrumens de meurtre inconnus jusqu’alors. On ne dédaignait point les vieux modèles que nos musées gardent à titre de curiosité historique : « Ministère de la guerre, cabinet du ministre, ordre n° 201. Ordre au conservateur du musée du Louvre (marine) de confier au citoyen