Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/362

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Clichy : une ronde faite dans le courant de la soirée d’avant-hier a trouvé la barricade abandonnée et les servans en état d’ivresse. » Avant-hier, c’était le 16, le jour où la colonne de la place Vendôme s’était abattue sous l’effort des cabestans de la commune. Les fédérés de la redoute Clichy, ne s’apercevant pas qu’ils étaient courbés sous la plus vile des servitudes, avaient sans doute voulu célébrer ce triomphe en chantant le refrain de Pierre Dupont :

Buvons à l’indépendance du monde.

Dans ce même rapport, je trouve uns indication qu’il faut noter : « Montrouge est assez calme ; Hautes-Bruyères est de même. Trois hommes arrêtés pour avoir soi-disant mis le feu au château d’Arcueil ; l’ordre fut donné par le commandant du 101e bataillon. » Le commandant du 101e bataillon, c’est Sérizier ; les trois hommes arrêtés, et plus d’un avec eux, sont des dominicains qui doivent périr comme l’on sait.

Ce 101e bataillon est resté cher aux admirateurs de la commune ; c’était le bataillon sacré. Qu’était-ce que la légion thébaine et que valurent les trois cents des Thermopyles auprès de ces hommes d’élite ? Lorsque dans la séance du 18 août 1872, tenue à Londres par la société des réfugiés de la commune, Léopold Caria, Eudes, Emile Moreau se disent leurs vérités, l’un d’eux s’écrie avec orgueil : J’avais le 101e derrière-moi ! Que le 101e fût une bande d’assassins, nul n’en peut douter ; mais d’après la légende qui s’est formée autour de lui et qui a cours aujourd’hui, on pourrait du moins imaginer qu’il fut vaillant à la guerre, solide au feu, plein d’abnégation pour sa cause et discipline ; on se tromperait. Les grandes déroutes ne sont point encore survenues ; on peut jusqu’à un certain point croire à un succès possible ; nul découragement n’a dû, par conséquent, atteindre « ces âmes de bronze et d’acier. » Ils combattent, ils aspirent à la gloire et attendent avec impatience l’heure de monter au Capitole. On le croit, on l’a dit, on le répète. Ce n’est point l’avis de l’homme qui les eut sous ses ordres. Le colonel commandant le fort de Bicêtre, Paul Vichard, qui a une fort belle écrire et une orthographe rare sous la commune, est moins enthousiaste simplement que l’histoire communarde, et le 29 avril, il adresse à son général en chef, Valéry Wroblewski, une lettre qui doit trouver place ici : « Mon général, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien donner des ordres pour que le 101e bataillon soit remplacé immédiatement ; son esprit d’indiscipline est un danger pour la défense : impossible de compter sur cet effectif. Il y a eu hier au soir et dans la nuit, de la part de ce bataillon, insubordination et rébellion ; j’ai dû faire doubler le poste de