Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/405

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respectives dans lesquelles elles ont grandi, à coopérer au salut les unes des autres et toutes ensemble à celui du corps. » Il n’est donc besoin, ajouterons-nous, ni d’un pouvoir central, ni d’une archée, ni d’une force vitale, ni d’une cause finale mystérieuse, pour produire ici l’apparence d’un dessein commun et la réalité d’un commun concours : il n’est besoin que de la spontanéité des élémens composans, c’est-à-dire de leur sensibilité ou de leur irritabilité, conséquemment de leurs tendances intéressées ou sympathiques, et de leurs échanges particuliers analogues à nos contrats particuliers.

Ainsi les fonctions de nutrition et de croissance s’accomplissent indépendamment du cerveau. Qu’est-ce donc qui incombe à ce dernier ? — C’est le commandement des organes de relation par lesquels l’être vivant connaît le monde extérieur et les autres êtres, peut entrer en rapport avec eux, cherche au dehors sa subsistance, se défend contre les attaques et fait face aux mille dangers de la vie. Pour cela il faut que les organes extérieurs obéissent à un gouvernement capable de combiner leur action, de la diriger, de la varier selon les circonstances ; d’où la nécessité d’un appareil nerveux complexe, ayant un centre, et qui se fait obéir des organes pleinement, promptement. Encore remarquerons-nous que le système nerveux lui-même n’est pas toujours ni tout entier sous la domination du centre cérébral : les centres nerveux secondaires, par leurs mouvemens réflexes, réagissent et au besoin se défendent tout seuls. Chez l’insecte, chaque ganglion nerveux remue ses pattes et résiste pour son compte aux attaques du dehors. Chez tous les animaux, le membre atteint par la douleur se contracte et se détend tour à tour pour repousser l’obstacle. Quand un objet menace tout d’un coup nos yeux, nos paupières s’abaissent avant même que nous ayons réfléchi au danger et donné l’ordre de le prévenir. Quand nous faisons un faux pas, nous nous rejetons en arrière par un mouvement tout spontané. Il y a des cas où l’être vivant ne peut attendre la délibération du pouvoir central et où il se protège par un effort subit, résultant d’une coopération soudaine et spontanée entre les divers centres nerveux. L’autonomie, si frappante dans les organes intérieurs de nutrition et de circulation, a ainsi sa part jusque dans les organes extérieurs de relation.

Ces faits nous permettent de nous faire une opinion sur l’intéressant débat qui s’est élevé entre M. Huxley et M. Spencer, l’un ne trouvant guère dans l’histoire naturelle que des exemples de politique despotique, l’autre y trouvant des leçons de politique libérale. Peut-être M. Spencer, dans son ingénieuse réponse, n’est-il pas encore allé jusqu’au bout des déductions permises ; s’il a