Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/406

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suffisamment restreint sur certains points l’action du pouvoir central, peut-être pourrons-nous, en nous appuyant sur l’histoire naturelle, étendre plus que lui cette action sur d’autres points et corriger ainsi ce qu’on a nommé avec exagération son « nihilisme administratif. »

M. Huxley répugne à se servir des analogies entre les êtres vivans et les sociétés pour bâtir des théories politiques. Et ce n’est pas sans raison qu’il se défie ici des inductions précipitées. La biologie peut bien nous enseigner en partie ce qu’est le corps politique et comment il est devenu ce qu’il est ; mais son autorité est toujours sujette à caution quand il s’agit de savoir ce que le corps politique doit être et deviendra un jour. L’intelligence humaine n’est pas faite pour suivre aveuglément l’exemple des « vivans » inférieurs. Il faut éviter aussi de s’en tenir à des analogies superficielles ou incomplètes, comme le font trop souvent les politiques qui prétendent s’inspirer de la biologie. Certains raffinés d’aujourd’hui qui exagèrent ou faussent les déductions de l’histoire naturelle pour appuyer des thèses rétrogrades ressemblent plus qu’ils ne le croient aux naïfs d’autrefois qui croyaient démontrer la supériorité de la monarchie par l’exemple des abeilles ou celle de la république par l’exemple des fourmis. Toutefois, nul enseignement n’est à négliger dans ce vaste univers où tout se tient. Or, si l’on en croit M. Huxley, l’analogie du corps politique et du corps vivant aurait pour conclusion une excessive concentration du gouvernement. « Le souverain pouvoir du cerveau, dit-il, pense pour l’organisme physiologique, agit pour lui et régit les composans individuels avec une règle de fer. » La théorie adoptée par M. Spencer, qui nie le rôle de l’état, semble à M. Huxley en opposition avec les faits biologiques que M. Spencer prend pour guides. Chaque muscle, dit M. Huxley, n’aurait qu’à se fonder sur cette théorie et à refuser au système nerveux tout droit de se mêler de ses contractions, si ce n’est pour l’empêcher de gêner les contractions d’un autre muscle ; chaque glande, à soutenir qu’elle a le droit de distiller son liquide pourvu qu’elle ne gêne pas les sécrétions d’autrui ; chaque cellule serait libre de suivre son intérêt particulier ; laissez-faire serait le nom du souverain ; qu’arriverait-il alors du corps vivant tout entier ?

M. Spencer répond avec raison en distinguant les organes extérieurs et les organes intérieurs. Si la centralisation est nécessaire aux premiers, les seconds ont besoin de spontanéité et ne réclament en échange que leur juste part de nourriture, que la quantité de sang équivalente au travail par eux accompli : c’est là, pour ainsi dire, la justice du corps vivant. — Qu’arriverait-il, demande M. Huxley, si le pouvoir central de l’organisme cessait d’agir ? — « La réponse est bien différente, dit M. Spencer, selon qu’il s’agit des organes intérieurs ou des organes extérieurs. » Les premiers ne cesseraient