Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/42

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et l’en frappe à outrance sur les épaules et sur le dos. Lorsque ce petit accès de justice populaire est passé, M. Majewski reçoit ordre de se rhabiller ; puis escorté de Girault qui tenait son revolver en main, serré de près par quatre fédérés armés de fusils, il est poussé à travers les escaliers jusqu’au troisième sous-sol, où il est enfermé dans un caveau d’un mètre carré dont on barricade la porte avec des tonneaux vides. Girault prévient charitablement l’abbé que, s’il tente de s’évader, on lui cassera la tête. Les fédérés avaient bu dans ce caveau et y avaient cassé les bouteilles vides. La position était affreuse. L’abbé ne pouvait ni s’étendre ni rester debout sans se blesser aux tessons répandus sur le sol. Il parvint à reculer un peu les tonneaux qui obstruaient la baie du caveau sans porte. Girault s’en aperçut en amenant deux autres prisonniers. A l’aide d’un trousseau de clés il frappa M. Majewski jusqu’au sang. Le pauvre homme, épuisé, demanda à boire : « Ce n’est pas la peine, répondit Girault, on te donnera bientôt du plomb à manger. » Ce supplice dura quarante-huit heures ; on profita de ce que Clavier et Girault étaient absens pour relâcher le pauvre prêtre, ce qui mécontenta Fenouillas.

Une autre maison fut cruellement visitée par un des adjoints à la mairie du XIIe arrondissement, Jules-Ambroise Lyaz, connu sous le sobriquet de Bon cœur et qui était alors âgé de cinquante-six ans : c’est l’orphelinat Eugène-Napoléon, situé entre le faubourg Saint-Antoine et le boulevard Mazas et spécialement consacré à l’éducation des jeunes ouvrières. Ce Lyaz, qui était clerc d’huissier, aimait Fenouillas et paraissait digne de le comprendre. Ils étaient ensemble après le 18 mars et s’emparèrent de la mairie, où leur premier soin fut de faire venir un serrurier pour forcer la caisse, dans laquelle furent trouvés dix mille francs que l’on ne retrouva plus. En qualité d’adjoint, Lyaz surveillait les maisons d’enseignement, visitait les écoles et visitait surtout les poches des sœurs dont il enlevait volontiers l’argent. Cela ne l’empêchait pas de s’occuper de stratégie : son plan consistait à faire sauter le pont viaduc de Bercy et à incendier le quartier. Le 29 avril, Lyaz vint prendre possession de l’orphelinat ; ceinture rouge, revolver au côté, mine rébarbative. Il y avait là trois cents orphelines que des sœurs gardaient et protégeaient de leur mieux. Ordre à toutes « les nonnes d’avoir à décamper et plus vite que ça. » Les pauvres femmes se préparèrent à obéir et voulurent emmener leurs élèves avec elles. Cela ne faisait pas le compte de Lyaz, dit Bon cœur, qui s’y opposa. Les sœurs, fort énergiques, eurent avec ce conquérant d’orphelinat une altercation extrêmement vive. Elles furent chassées et réduites à laisser dans le bercail, qui allait devenir une porcherie, plus de cent