Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/424

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en dernier lieu et demeure somme la dernière trace du magma primitif, antérieur à toute séparation de composés minéraux. Quand une lave jaillit de la bouche d’un volcan et s’épanche sur ses flancs, elle coule sous la forme d’un liquide visqueux, quelquefois à peine mobile, dont l’aspect ressemble à celui de la fonte en fusion. Avant l’application du microscope à l’étude des roches, les géologues avaient vainement cherché à se rendre compte de la constitution de cette matière imparfaitement fluide ; les hypothèses les plus étranges avaient été émises sur les causes de son extrême viscosité. Maintenant on sait qu’une lave, au moment où elle arrive au jour, possède déjà presque tous ses cristaux ; les minéraux du premier stade de consolidation y sont tout formés et les microlithes, bien que continuant à se multiplier, y sont déjà d’une extrême abondance. Il n’y a donc alors de fluide que la matière amorphe. Par conséquent, la masse éruptive, qui s’épanche et coule, est une sorte de boue ignée, cristalline ; elle est composée d’un nombre infini de petits minéraux agrégés par des quantités variables d’une substance vitreuse en fusion. Ainsi se trouve expliqué rationnellement un problème géologique longtemps débattu.

Le microscope a montré en même temps que les diverses espèces minérales ne cristallisent pas indifféremment dans les deux stades de consolidation. Telle substance ne s’isole à l’état de cristaux que durant le premier stade ; telle autre n’apparaît que pendant le second ; d’autres se forment durant les deux temps de consolidation, mais souvent affectent dans ces deux cas des caractères de structure différens. Enfin les cristaux d’espèces diverses qui se produisent pendant une même période ne cristallisent pas rigoureusement au même instant : l’ordre de cristallisation est soumis à des lois fixes et qui étaient tout à fait imprévues.

Les considérations précédentes ont eu dans une autre voie un résultat pratique considérable ; elles ont conduit à la reproduction artificielle de plusieurs des minéraux les plus communément répandus dans la nature. Refaire de toutes pièces une substance naturelle en partant de ses élémens chimiques a toujours été le but convoité par les naturalistes expérimentateurs. Opérer une synthèse dans des conditions normales, c’est imiter la puissance créatrice et mettre à découvert ses secrets. Quel plus noble sujet d’ambition ! Les succès obtenus de ce côté par les minéralogistes français sont l’une des gloires de la science. Cependant jusqu’à présent on n’avait pas réussi à reproduire la plupart des minéraux des roches volcaniques ; au moins les procédés employés s’écartaient tellement des conditions normales que le résultat obtenu perdait par cela même une grande partie de sa valeur. On avait échoué surtout