Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/432

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milieu et recollé ensuite à l’aide d’une résine particulière. Le prisme ainsi disposé est ce que l’on appelle un nicol, du nom de l’habile physicien qui en a été l’inventeur. Un rayon de lumière naturelle tombant sur un pareil prisme se modifie en le traversant et à la sortie se trouve polarisé. Les vibrations lumineuses des rayons émergens se font dans un plan orienté d’une manière fixe par rapport aux faces du prisme, et qui constitue ce que l’on appelle la section principale du nicol.

Dans les applications que l’on fait de la lumière polarisée aux études microscopiques, on emploie simultanément deux nicols dont on combine les effets. On les arrange de manière à ce que leurs sections principales soient à angle droit, l’une sur l’autre. Quand deux nicols sont ainsi croisés, si aucune substance hétérogène au point de vue optique n’est interposée entre eux, nul rayon lumineux ne peut traverser le système ; les vibrations qui émergent du premier nicol sont complètement arrêtées par le second, l’obscurité est complète à la sortie des prismes, quelque intense que soit l’éclat du rayon de lumière incidente. Mais les choses se passent en général tout autrement lorsque l’on fait glisser entre les nicols croisés une lamelle mince composée de minéraux cristallisés. La plupart des sections des cristaux compris dans la coupe s’éclairent vivement. Certains minéraux prennent des nuances d’un blanc bleuâtre délicat, d’autres s’illuminent de teintes d’une richesse et d’une intensité incomparables. Rien n’égale la splendeur des colorations que présentent quelques assemblages d’espèces cristallines diverses. Le grès de nos pavés, le granit commun, le basalte si noir et si compact quand on le considère en masse, prennent en lamelles minces dans ces conditions l’apparence de brillantes mosaïques. Les teintes si belles et si éclatantes des couleurs d’aniline pâlissent à côté de celles qui décorent ces magnifiques images.

On comprend immédiatement l’utilité pratique qui résulte de l’adaptation au microscope des dispositions que nous venons d’indiquer. Les substances vitreuses et certains minéraux appartenant à un système cristallin spécial demeurent constamment obscurs entre les niçois croisés, de quelque façon qu’on tourne la lame mince ; les autres minéraux se colorent au contraire de teintes diverses, et leurs contours se détachent immédiatement les uns des autres. Tel minéral qui paraissait simple à la lumière naturelle se montre à la lumière polarisée, tantôt comme un agrégat de composés différens, tantôt comme une réunion de cristaux appartenant à la même espèce.

Cependant les couleurs que la lumière polarisée communique aux cristaux compris dans les lamelles minces ne sont pas