Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/473

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que d’opposer dans les polémiques de partis le péril social du cléricalisme au péril social du radicalisme. Rien n’est plus commode que de tout expliquer, de tout justifier par de prétendues nécessités politiques, comme le grand cardinal couvrait tout de sa robe rouge. Il y a des momens où, avec la raison d’état, on croit avoir répondu à tout, où, avec ces mots de cléricalisme, de jésuitisme, prononcés d’une certaine manière, on flatte une passion régnante et on gagne les majorités. Oh ! assurément, les jésuites ne sont pas populaires, ils ne l’ont jamais été, ils ne le sont pas aujourd’hui, et il n’est point impossible que les autres congrégations, confondues avec eux, paient les frais de leur impopularité en tombant comme eux sous la menace de l’article 7. C’est un fait bien connu que les jésuites sont responsables de tout, qu’ils sont la cause de tout, et des révolutions, et des coups d’état, et du mauvais temps qui s’obstine, et des grèves qui se multiplient, et de la crise industrielle qui se prolonge ; c’est entendu ! Mais enfin il faudrait quelque sang-froid, même avec les jésuites, et parce qu’on ne les aime pas, ce n’est pas un motif pour laisser atteindre dans leur personne les plus simples garanties de droit commun, pour recommencer à tout propos, avec un assez puéril esprit d’animosité, cet éternel procès qu’on s’est plu à instruire de nouveau l’autre jour devant la chambre. M. Paul Bert, qui s’est chargé cette fois du réquisitoire, est un savant homme, et si on se permettait de lui présenter dans une affaire de science une démonstration comme celle qu’il a portée l’autre jour devant la chambre, il prendrait sûrement la liberté d’en sourire. Il a cru peut-être démontrer des choses inconnues et se montrer très précis ; il n’a fait que tirer des archives, où l’on va puiser périodiquement depuis trois siècles, de vieilles accusations, de vieilles histoires, de vieux textes cent fois livrés à la malignité publique, cent fois rectifiés ou expliqués. M. Paul Bert ne s’est pas aperçu qu’en voulant trop prouver il ne prouvait rien, et qu’en dépassant la mesure, en s’enivrant de ses propres démonstrations, il pouvait plaire encore à des imaginations crédules, à des esprits prévenus, il ne parlait plus d’une manière sérieuse.

Comment donc ! si tout ce que dit M. Paul Bert était vrai, il faudrait en conclure ni plus ni moins que depuis plusieurs siècles et aujourd’hui comme autrefois des générations ont été formées dans les écoles congréganistes à l’art démettre leur conscience en repos sur toute sorte de méfaits prévus par le code ! Les congrégations dont les jésuites sont le contingent le plus actif passeraient leur temps à enseigner à leurs élèves la manière de se consoler de la mort d’un père en recueillant son héritage, de jouer avec le meurtre, avec le vol, avec l’honneur des familles, avec toutes les variétés du délit ou du crime, sans parler de la fraude morale ! l’obscénité régnerait sous le voile des livres pieux dans l’éducation des maisons religieuses ! Les jeunes filles ne seraient pas plus que les jeunes gens à l’abri des corruptions de l’esprit et du