Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/474

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cœur ! Mais en vérité, s’il en était ainsi, l’article 7 serait un palliatif bien insuffisant, ou plutôt il ne serait pas même encore nécessaire. Est-ce qu’il n’y a pas des lois et une justice régulière pour empêcher, pour réprimer cette prédication du crime et de la licence déguisée sous le nom d’enseignement ? Si la moitié des assertions de M. Paul Bert avait quelque fondement, ce n’est pas M. le ministre de l’instruction publique qu’il faudrait suivre jusqu’à l’article 7. C’est M. Madier de Montjau qui aurait mille fois raison. Celui-là est logique, il va jusqu’au bout ; il pense tout ce que dit M. Paul Bert, et, sans s’arrêter en chemin, il demande l’exclusion, non-seulement des congrégations non autorisées, mais des congrégations autorisées elles-mêmes, du clergé séculier, de l’église tout entière. Cet intrépide logicien ne fait pas, quant à lui, de diplomatie avec le cléricalisme, qu’il propose tout net d’extirper. Pourquoi ne va-t-on pas jusque-là ? pourquoi M. le ministre de l’instruction publique s’est-il cru obligé de combattre M. Madier de Montjau et a-t-il été suivi par la chambre ? Parce qu’on sait bien que M. Paul Bert, pour un savant, a parlé en homme d’imagination, qu’il a soutenu une thèse de parti, peut-être encore plus une thèse de secte, et que les maisons religieuses, telles qu’elles sont, avec leurs inconvéniens et leurs défauts, ne sont pas des écoles d’immoralité ouvertes en pleine société française, en pleine société européenne.

Non, assurément, on ne prend pas pour des paroles d’évangile tout ce qu’a dit M. Paul Bert dans les deux discours qu’il a prononcés, et on ne veut pas surtout aller jusqu’aux conséquences extrêmes que M. Madier de Montjau, avec son emportement tribunitien, a voulu en tirer. On ne croit pas à ces accusations passionnées qui feraient des congrégations religieuses les instrumens actifs d’une corruption organisée. Ceci n’est qu’une exagération violente ; mais à travers tout, on le pense et on le dit, il y a un autre danger. Il y a dans l’enseignement congréganiste une tradition perpétuée de contre-révolution, une puissance indépendante constituée contre, l’état, contre l’esprit moderne, contre les institutions libérales, contre la république. Le cléricalisme, voilà l’ennemi, on le répète sans cesse ; il n’est que temps de se défendre contre lui, de lui disputer « l’âme française, » l’indépendance civile qu’il menace, et on ne lui doit pas après tout une liberté qui n’est pas dans ses principes, qu’il ne réclame que pour s’en servir contre la société nouvelle issue de 1789. On ne doit pas la tolérance aux intolérans ! A parler en toute franchise, ce cri d’alarme est un peu étrange et semblerait révéler chez ceux qui en font le mot d’ordre d’une politique une bien médiocre confiance dans les destinées de cette révolution française dont ils se croient les représentans privilégiés. Ne dirait-on pas que, parce qu’il y aura quelques congrégations de plus ou de moins, parce qu’on respectera en elles la liberté et le droit commun, l’ancien régime va renaître, l’état reste désarmé, et tout est en péril ? C’est en