Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/551

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incarcération préventive si, dans les premières heures de trouble et d’encombrement, on ne l’avait confondu avec son homonyme Hippolyte Parent ; entre eux, il n’y avait aucun rapport, on s’en aperçut bientôt. Les quinze membres de la commune qui du 7 août au 2 septembre 1871 répondirent aux interrogatoires de la justice eurent tout loisir d’expliquer leurs doctrines, d’établir leurs théories et de dévoiler enfin au monde attentif leurs desseins, leurs moyens de rénovation et leur but. On s’attendait tout au moins à une exposition de principes ; on fut promptement désabusé. Ces héros furent d’une platitude écœurante ; j’en excepte deux qui cependant ne se ressemblent guère, et que sous aucun aspect l’on ne peut comparer : François Jourde et Théophile Ferré. Ceux-là seuls, en effet, sans forfanterie et sans lâcheté, acceptent la responsabilité de leurs actes. Jourde, je l’ai déjà dit, très simple et très ferme, n’argumente que sur des faits de comptabilité et prouve qu’il est resté probe au milieu de difficultés et de facilités sans nombre ; Ferré, qui d’abord a déclaré qu’il ne se défendrait pas, ergote, se rappelle son métier de clerc d’huissier, rétorque les argumens, démontre l’erreur de certaines accusations et ne répudie aucun des actes qu’il a réellement commis. Il apparaît tout entier dans un mot qu’il faut citer ; le président cherche et ne retrouve pas un ordre qui suffisait à motiver une condamnation capitale. Il dit à l’accusé : « Niez-vous avoir envoyé cet ordre ? » Ferré répond : « J’ai écrit tant d’ordres de cette nature que je ne puis me souvenir spécialement de celui dont vous me parlez. » Enfin on découvre le papier égaré dans les dossiers, on le lui montre, il le regarde et dit : « Parfaitement, je le reconnais [1]. »

A entendre ces hommes qui devaient régénérer le monde, ils ne sont entrés dans la commune que pour l’apaiser, sauver les innocens et protéger la population parisienne. Le cœur lève à entendre certaines explications. Que penser d’Urbain ? On lui présente des ordres d’une inconcevable cruauté, entre autres celui-ci : « Au nom de la commune, et en vertu des pleins pouvoirs émanant du comité de salut public, le membre de la commune délégué à la mairie du VIIe arrondissement arrête : Le citoyen Andrès, commissaire central de police pour le VIIe arrondissement, procédera à

  1. Ferré a énergiquement refusé de se reconnaître l’auteur du fameux ordre : Flambez finances ; il a eu raison. Il y a tout lieu de croire que cet ordre était apocryphe. Je crois que l’on peut en dire autant de l’ordre qui mettait des escouades d’incendiaires sous le commandement de Minière, Dereure, Dillioray et Vésinier. Cet ordre, publié dans tous les journaux de l’époque, produit au procès, présenté sous forme de fac-similz photographique, me semble douteux, et j’ai le regret de l’avoir cité (Revue du 1er octobre 1877), quoique j’aie eu soin de supprimer le nom des signataires.