Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/552

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toutes les arrestations qui lui paraîtront utiles pour la sûreté générale de l’arrondissement… En cas de résistance de la part des individus arrêtés, le citoyen Andrès est autorisé à leur brûler immédiatement la cervelle. En mairie, le 13 mai 1871, dix heures du soir. Les pleins pouvoirs ci-dessus sont valables pour quarante-huit heures. — Urbain. » C’est lui qui, le 17 mai, a proposé d’exécuter sommairement dix otages ; on l’interroge sur ce l’ait, il répond : « Dans mon idée, ce n’était qu’un avertissement donné aux troupes de Versailles. » C’est à lui que fait allusion Trinquet, membre de la commune, lorsqu’il dit : « Je regrette de n’être pas mort sur les barricades ; je n’assisterais pas au triste spectacle de collègues qui, après avoir eu leur part d’action, ne veulent plus avoir leur part de responsabilité. » — Cette belle déclaration du cordonnier Trinquet, qui se vante d’avoir été en 1869 courtier d’élection pour Rochefort et Gambetta, ne l’empêche pas de nier imperturbablement les crimes dont les preuves sont accablantes, concordantes et multiples. Dans ce fatras de dénégations et de protestations trop intéressées pour être accueillies, il y a des aveux bons à retenir, qui prouvent l’impuissance de ce gouvernement de carnaval, et l’indélicatesse compromettante de ces hobereaux de la démagogie. Billioray dit textuellement : « Nous avions beaucoup plus de peine à faire mettre en liberté les gens arrêtés sans droit qu’à faire des arrestations sérieuses. » Ailleurs il fait une révélation grave : « Delescluze ajoutait la signature de ses collègues aux décrets, avant de les envoyer à l’imprimerie. » Delescluze était mort, et il n’y avait nul danger à rejeter sur lui la charge des plus grands méfaits. Presque tous sont plats ; Courbet l’est plus que nul autre, le pauvre gros homme a si peur qu’il en l’ait pitié. Un seul est franchement ridicule : c’est Assi. Vauban, Cohorn et Paixhans n’auraient point parlé d’eux avec un tel aplomb. A l’écouter, on hausse involontairement les épaules ; il est de bonne foi, et se croit un homme de génie ; on peut sans réserve lui appliquer, le mot dont Rossel a frappé Mégy : « C’est un ouvrier stupide. » La vanité l’étouffe, et il a peine à ne pas laisser déborder le sentiment de supériorité qui l’accable ; comme Atlas, il porte le monde, et ses reins ne fléchissent pas ; il sait tout, il a tout inventé. Ses idées sont tellement viciées, son entendement est si étrangement perverti, qu’il ne considère cette insurrection, cette guerre civile, que comme l’exercice d’un droit : « Nous nous sommes défendus contre les troupes qui nous attaquaient ; c’était tout naturel. « En lisant ces débats oubliés aujourd’hui, ou travestis par des mémoires volontairement infidèles, en constatant l’inanité et la bestialité des hommes qui s’étaient emparés du gouvernement de Paris, il est