Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/568

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crimes que l’on a commis. Son Histoire populaire et parlementaire de la commune de Paris est une suite de considérations diffuses où la pensée, obscurcie par une phraséologie trop abondante, a peine à se faire jour ; c’est peut-être encore moins une dissertation en faveur de la commune qu’un réquisitoire contre le gouvernement légal : « Vous mentez ! L’assassin, c’est vous ! — C’est vous l’incendiaire ! » Lui aussi, il explique comment et pourquoi Mgr Darboy est mort ; le lecteur doit rapprendre, car il ne s’en doute guère : « On vous avait offert de vous rendre l’archevêque, et vous avez refusé. — Pourquoi ? — Parce que le clergé rêvait, pour remonter ses actions, de compter une victime qu’il pût transformer en martyr. Or l’archevêque de Paris, mal avec le pape et les jésuites de Rome, par sa mort vous donnait ce martyr à peu de frais, puisque vous le détestiez, ne le trouvant pas assez forcené. Sa mort, les ultramontains Tussent payée à Thiers, car en frappant un gallican et un prêtre, elle satisfaisait doublement l’intérêt et la haine de l’église. Thiers vous a donc donné ce cadavre sciemment, par un de ces calculs machiavéliques qui lui faisaient croire à son propre génie quand ils ne demandent tout au plus que de la simple scélératesse. » (Tome III, p. 15.) Puisque la mort violente de l’archevêque devait apporter un si grand bénéfice à l’église que la commune haïssait, il était élémentaire de ne pas le tuer. C’est à quoi Arthur Arnould n’a pas pensé, ni les assassins non plus.

Dans toutes les histoires de la commune inventées par les communards, on trouve une prodigieuse quantité d’élucubrations pareilles ; sous prétexte de montrer qu’ils étaient des hommes politiques, ils imaginent les conceptions les moins probables et les prêtent sans sourciller à leurs adversaires. Non-seulement ils interprètent les intentions d’autrui, mais ils interprètent également des faits sur lesquels nul doute ne peut subsister, et ils donnent à la réalité d’impudens démentis. C’est Benoît Malon qui le premier, dans la Troisième défaite du prolétariat français, tâche de propager et d’imposer une fable réellement trop invraisemblable et dont déjà nous avons fait justice. D’après lui, M. Washburne, ministre plénipotentiaire des États-Unis d’Amérique, aurait offert le 25 mai son intervention à Delescluze auprès des autorités allemandes afin d’obtenir une suspension d’armes et le salut des membres de la commune (p. 455). Le mensonge est flagrant, et puisque Benoît Malon était à la mairie du XIe arrondissement, il aurait dû mieux savoir ce qui s’y est passé.

Le plus extravagant de ces fabricans de romans prétendus historiques est certainement Pierre Vésinier. Celui-là croit que la vérité est, comme lui, naturellement contrefaite, et son Histoire de la