Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/575

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s’appellera. » C’est bien clair. — Le 18 juillet, un citoyen compatriote de Dante, de Michel-Ange et de Galilée, dit : « Ce que nous ne voulons pas, c’est l’aristocratie de l’intelligence, parce que c’est contraire à la justice. » Cette motion trouble un peu Jean-Baptiste Clément, qui se croit très intelligent ; à la séance suivante, il exprime fans timidité le désir que toutes les femmes soient des Staël et des George Sand. — Il n’est pas dégoûté, Jean-Baptiste Clément. Le 15 août, on revient aux questions purement économiques : « Tant que nous ne posséderons pas la terre et les outils, il faudra donc discuter cette ignominie du salariat. Plus de palliatif. Il ne faut pas plus de bons patrons qu’il ne faut de bons sergens de ville ou de bons curés. Travaillons donc pour la révolution violente qui seule peut nous sauver de la situation qui nous est faite. Pour abolir le salariat, il faut abolir le patron, et le premier acte de la révolution doit être l’expropriation de toutes les propriétés. » Le 22 août, on dit : « Les ouvriers se plaignent des machines, qu’ils s’en emparent, et ils n’auront plus qu’à s’en louer. » Huit jours après, Jean-Baptiste Clément résume la discussion : « Donc, trois propagandes actives à faire : 1° à la ville ; 2° à la campagne ; 3° la plus sérieuse, qui est de développer chez tous les ouvriers le désir du bien-être ; il faut combattre tous ces mots : abstinence, vertu, résignation, persévérance [1]. »

Le 5 septembre, un incident se produit. J.-B. Clément, qui paraît être l’orateur le plus écouté du cénacle, discute la question des impôts pour arriver à les supprimer ; il termine en disant : « Démontrer l’iniquité existante, démolir, abolir, pousser à la révolution, voilà notre ouvrage ; à ceux qui viendront après de voir ce qu’ils auront à faire. » A cette péroraison, le citoyen H. se lève : « C’est de la démence, citoyens, de discuter les impôts quand nous savons tous que ça devrait être aboli, et que notre devoir de révolutionnaires socialistes nous oblige à les supprimer. Citoyens, s’il faut jurer de tuer quelqu’un, j’en suis, ça me va ; d’aller à Paris planter le drapeau rouge, j’en suis ; de tirer sur toute la canaille qui nous gouverne, j’en suis ; mais c’est trop bête de venir ici, comme des écoliers, nous qui avons fait la commune. » Violente interruption. — Le citoyen H. reprend dans des termes que j’adoucis singulièrement : « Je m’en moque ; je vous dis qu’il faut avoir de

  1. Développer le désir du bien-être chez tous les ouvriers parait être en contradiction avec le principe que l’Internationale professait avant le 4 septembre : « A Londres, quand nous parlions d’améliorer le sort des ouvriers, ils nous répondaient qu’ils voudraient voir les ouvriers dix fois plus malheureux. Quand vous aurez donné aux ouvriers tout ce qui leur sera nécessaire, ils ne voudront plus sortir de chez eux. » Enq. parl, sur le 18 mars ; dép. des témoins, éd. de 1872, p. 542.